Articles / interviews

Jeanne magazine : muse lesbienne

Geypner

Depuis pratiquement 10 ans, Jeanne Magazine suit la vie des lesbiennes en format papier et sur le web. Une aventure menée de front et avec passion par sa fondatrice et rédactrice en chef Stéphanie Delon. Elle a su insuffler un vent frais au cœur d’une presse dédiée aux lesbiennes. Découverte.

Tu as été la rédactrice en chef de feu le magazine La Dixième Muse (devenue Muse & Out), qu’est ce qui t’as donné envie de relancer dans la foulée un autre magazine à destination d’un lectorat lesbien ? 
En créant Jeanne, je voulais poursuivre le travail réalisé pendant dix ans par La Dixième Muse :  permettre aux lesbiennes de se retrouver, de s’identifier, et d’avoir envie d’être elles-mêmes tout simplement. Neuf ans plus tard, ma volonté reste la même et ma motivation intacte pour continuer à raconter les histoires des militantes d’hier, de relayer les initiatives passionnantes des lesbiennes d’aujourd’hui et d’accueillir celles qui se découvrent lesbiennes en leur disant, rassurez-vous, tout va bien se passer. 

Magazine féminin, magazine lesbien, magazine féministe… Où situes-tu Jeanne-Magazine ? 
L’objectif de Jeanne c’est bien sûr de s’adresser directement aux lesbiennes. Être lesbienne est une richesse et une force dans la découverte de soi. C’est pour cela que dans le magazine, les pages culture côtoient les pages bien-être, psycho et sexo. Toutes ont un seul objectif : toucher spécifiquement les lesbiennes. 

On a l’impression que les magazines lesbiens sont les parents pauvres de la communauté. D’après toi, Jeanne Magazine peut être considéré comme d’intérêt public dans le monde médiatique français et encore plus LGBT ? 
La presse lesbienne n’intéresse pas les annonceurs. En 2022, c’est encore un fait. Pour continuer à publier tous les mois Jeanne Magazine, nous comptons uniquement sur le soutien financier de nos lectrices. Jeanne peut être considéré comme d’intérêt public dans le monde médiatique français et encore plus LGBT dans la mesure où il s’adresse spécifiquement aux lesbiennes et représente un havre, un espace safe de sororité. Portée par des personnes concernées, Jeanne partage notre histoire et notre culture, publie des témoignages et relaie des initiatives qui n’ont pas de visibilité dans la presse généraliste. 

Jeanne est un observatoire. Est-ce que la scène lesbienne a souffert ces dernières années d’une invisibilité ou au contraire est-ce qu’elle s’en est dégagée et se veut plus vivante, plus dynamique, plus ciblée par les marques, les institutions, la culture ? 
La visibilité lesbienne a bien progressé ces dernières années. Les séries, les pubs et les films mettent souvent en scène des personnages lesbiens. La scène musicale française compte de nombreuses artistes ouvertement lesbiennes, en sport également, les références sont désormais multiples mais il reste encore beaucoup de travail, notamment en ce qui concerne la représentation de lesbiennes seniores ou racisées. 

C’est quoi la tendance du moment aujourd’hui côté jeunes filles lesbiennes. Sont-elles plus libres, plus engagées, plus militantes ? 
La nouvelle génération de lesbiennes bénéficie aujourd’hui des droits pour lesquels nos aînées se sont battues. Cette jeune génération est née avec à l’ère des réseaux sociaux, elle en maîtrise les codes. Elle est donc plus visible et s’approprie avec fierté les symboles de nos luttes. Pour autant, elle questionne et reste bien consciente que les droits acquis sont précaires, elle n’hésite pas à montrer son engagement aussi bien sur le terrain que sur les réseaux sociaux. 

Si les gays revendiquent plus de reconnaissance et d’équité de droits, quels sont les combats que vous accompagnez dans vos pages et qui sont à mener et à défendre de manière générale lorsque l’on est lesbienne en 2022 ?
Avec l’ouverture récente de la PMA aux couples lesbiens, la fin des thérapies de conversion et bien sûr le mariage, nous pouvons penser que nos combats sont arrivés à terme. Cependant comme je vous le disais juste avant, rien n’est jamais acquis. Un droit peut se défaire tant qu’il n’est pas inscrit dans la Constitution, il faut donc rester sur nos gardes, continuer de visibiliser nos existences et défendre nos droits.
Justement que trouve-t-on comme contenu dans Jeanne magazine ? 
Comme je le disais plus haut, beaucoup de références culturelles à travers nos pages cinéma, télé et livres. À travers Jeanne, nous mettons en lumière le travail de lesbiennes qui œuvrent – ici et ailleurs – pour notre visibilité. On y documente aussi notre quotidien, avec des témoignages et des tribunes, et nous abordons également des thèmes qui nous tiennent très à cœur comme l’écologie et la défense de la biodiversité.

Mais au fait, qui est donc cette fameuse Jeanne ?
Celle qui a inspiré le titre du magazine a été la pierre fondatrice de mon engagement envers la communauté lesbienne. Fin des années 90, lorsque j’ai fait mon coming out à 17 ans, ma mère n’a pas été très... enthousiaste. C’est à cette période que j’ai rencontré Jeanne. Elle avait environ 55 ans et travaillait comme bibliothécaire à la fac où je faisais mes études. Jeanne m’a transmis sa passion des autrices lesbiennes et féministes. Elle m’a surtout appris à ne pas m’excuser d’être celle que je suis. Jamais. La plus grande leçon que je retiens de nos échanges, c’est l’indispensable nécessité de se soutenir et de s’entraider entre sœurs lesbiennes - une expression que j’entends encore aujourd’hui avec sa voix. D’être toujours là les unes pour les autres. Quand le projet du magazine est né il y a 9 ans et qu’il fallait lui trouver un titre, vous comprenez maintenant mieux pourquoi Jeanne s’est imposé comme une évidence.
Ce que ma Jeanne a fait pour moi, j’espère le faire pour les lectrices du magazine. Et transmettre ainsi son héritage. 

Des projets à venir au sein de Jeanne Magazine ?  
Le prochain chapitre de Jeanne sera la création d’une communauté privée en ligne dans laquelle nos lectrices pourront échanger et rompre l’isolement. La communauté de Jeanne serait un endroit safe pour partager conseils, bons plans et bonnes adresses, faire des rencontres et participer à des événements. Comme un prolongement du magazine et des deux newsletters hebdomadaires où nous pourrons toutes nous adresser directement les unes aux autres.

 

Partager:
PUB
PUB