Le 17 septembre aura lieu au Théâtre Pixel, la première d’une nouvelle version de la pièce de théâtre phare de Copi, " Le Frigo ". Guillaume Antoniolli, le metteur en scène, s’empare de ce texte tragi-comique pour y insuffler un nouveau regard. Rencontre en pleine séance de travail.
Comment est né le projet « Le Frigo » ?
Ça fait longtemps que je voulais monter un Copi, mais je ne savais pas quelle pièce choisir. J'ai beaucoup hésité entre « L’homosexualité ou la difficulté de s’exprimer », « La tour de la Défense » ou « Une visite inopportune ». « Le Frigo » me semble répondre davantage à l’état d’esprit qui m’anime.
Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette histoire tragi-comique ?
C’est l’histoire d’une vie, d’une personne, d’un homo en l’occurrence qui a vécu énormément de choses et qui se retrouve in fine déses- pérément seul.
Qu’est-ce qui t’intéresse tant chez Copi ?
Ses textes ne souffrent d’aucune censure. Ils sont drôles, glaçants, avec un aspect d’humour noir très présent. Copi se lit d’une manière brute. Il ne faut pas avoir peur d’y plonger dedans, car on y trouve toute la complexité d’être ce qu’on est et ce qu’on espère accomplir en assumant ses désirs et sa sexualité.
Quelles orientations ont été prises pour la mise en scène ?
Je ne peux pas dire ma mise en scène, car c’est comme si le magicien révélait ses secrets de magie. Toutefois, je pense que le plus importent c’est de ne pas faire ce qui a déjà été fait.
On flirte avec le vulgaire, le trash, la démence, le déjanté quand on débarque dans le monde de Copi, comment le construis-tu sur scène ?
Qui n’a pas été vulgaire en plan cul ? dans les backrooms ? et les endroits de sexe ? Sous les produits les plus divers ! C’est la meilleure façon de jouer avec la vie, et de prouver à soi-même qu’on est encore maître du jeu.
A la création du « Frigo », Copi interpréta sa création en 1983. T’es-tu inspiré de cette version originale ?
Non, je ne regarde jamais ce qui s’est fait et monté avant moi. J’avance un pied après l’autre avec une équipe qui me suit et m’entoure depuis si longtemps. Je laisse mon imagination prendre le dessus.
Un comédien, plein de personnages. Qui et comment interpréter ce personnage aux multiples facettes autant sur l’interprétation que sur les changements de costumes ?
Je commence à travailler avec un costumier très talentueux. Par rapport à l’interprétation, il y a le choix de l’acteur. Il y aura un long moment de travail sur le personnage, sur la gestuelle, sur la façon de marcher et de danser. C’est un peu la valse de la mort.
Par le jeu de L., cet ancien mannequin devenu écrivain perd pied avec la réalité et tombe dans la folie, ne sort-on pas du cadre classique du théâtre ?
L’état de folie a beaucoup été joué au théâtre, par exemple dans « Richard III » de Shakespeare, dans « 4.48 Psychose » de Sarah Kane, dans « Et balancer mes cendres sur Mickey » de Rodrigo Garcia.
Copi a toujours été en aparté, une sorte d’ovni dans le milieu du théâtre, fortement impliqué dans la visibilité de l’homosexualité. Comment cela résonne t il dans ton parcours perso ? Ayant beaucoup souffert de la prescription normative dans mon enfance comme dans mon adolescence, c’est-à-dire de l’obligation par la société de se conformer à un rôle qu’on ne choisit jamais, mais que la structure impose, j’étais en quelque sorte enfermé, on peut dire une sorte de prison psychologique que la psychanalyse m’aide à effacer page par page afin de m’en libérer et être le propre auteur de ma vie.
Au travers de tes mises en scène, tu as toujours été porteur de revendications, en t’attaquant au monstre qu’est Copi avec ce texte, quels messages souhaites-tu transmettre au public par cette nouvelle production ?
L’exubérance est une forme de permanence des sentiments et des êtres. Le texte du Frigo se situe à un moment tragique et puissant de résistance. Quoiqu’il en soit le Frigo nous attend.