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Othmane à la belgian pride - l'appel à la tolérance de Marc Martin

Franck Desbordes

Photos Aymeric Vanaer

Réputée comme étant l’une des marches des plus festives, la Belgian Pride de Bruxelles 2022 n’a pas manqué à sa réputation. Si cette année la marche s’est déroulée sans son et sans chars, c’est autour du podium central du Mont des Arts que les 120 000 participants se sont retrouvés en fin de parcours pour faire la fête autour de la thématique #OPEN. Comme un appel à plus d’inclusivité, de respect et d’égalité pour toutes les personnes LGBTI+. 

Bruxelles, plus inclusif !
Parmi les artistes qui ont mis le feu sur le podium, Othmane et Mathis Chevalier, binôme explosif du dernier film du photographe Marc Martin : « Mon CRS » (titre d’une chanson d’Annie Cordy revisitée queer pour l’occasion). La relation police-population étant plus que jamais au cœur des préoccupations politiques et sociétales, « Mon CRS » présente non seulement tous les ingrédients du scandale, mais se veut aussi autrement inclusif.

Les trois font la paire
Pour combattre l’homophobie et le racisme, inextricablement liés, les trois protagonistes font la paire. C’est ensemble qu’ils jouent avec les clichés pour mieux les déjouer : Othmane, (artiste non-binaire maghrébin) incarne une chanteuse de cabaret et le comédien Mathis Chevalier joue le rôle du policier (dans la vie, Mathis est champion de boxe). Et, au rayon champion, mais dans un autre genre, (celui du mauvais goût diront certains au sujet de son exposition muséale sur les pissotières) : le photographe et réalisateur Marc Martin. C’est à Bruxelles que Marc avait choisi de tourner ce film, dans le quartier cosmopolite de Molenbeek. « Mon CRS » prône ainsi la tolérance dans tous les sens du terme. C’est avec cet état d’esprit qu’Othmane est montée sur le podium. C’était sa première scène. Et elle a mis le feu avec cette reprise glamour d’un titre incongru d’Annie Cordy.
Le vivre ensemble, cher à la capitale des Flandres, résonne dans les propos de Marc Martin : Historiquement, les personnes LGBTI ont fait face à un phénomène de discrimination et de violence, parfois institutionnelles. Mais qu’en est-il du policier lui-même, symbole du fantasme lié à une certaine représentation de la virilité et qui est censé donner l’exemple ? Assumer son orientation sexuelle dans une institution longtemps réputée intolérante envers les minorités sexuelles peut toujours être une épreuve, même si l’association FLAG !, créée à Paris en 2001 par des policier.e.s LGBTQI, lutte sans relâche contre toutes les formes de discrimination.

Mathis Chevalier, comédien en herbe

Sur scène, autour d’Othmane, Mathis Chevalier a fait mouche. A 23 ans, avec plusieurs titres de champion de boxe anglaise à son actif, Mathis Chevalier s’aventure aujourd’hui dans le milieu artistique. Il suit des cours de théâtre et choisit autant que possible des rôles à l’opposé du monde « macho » dans lequel il a évolué jusqu’ici. Pour que son corps d’athlète, comme un bouclier, se dresse en étendard contre les stéréotypes, notamment homophobes. Dans ce rôle de policier pour le film de Marc Martin, il joue avec les codes liés à une discipline sportive et un corps de métier souvent taxés de machisme.
En abusant ainsi des clichés, « Mon CRS » les vide de leur sens et retourne le miroir vers les extrémistes. En trame de fond, une chanson – apparemment anodine – issue du répertoire populaire d’Annie Cordy. Revisitée par Marc Martin, elle porte aujourd’hui les couleurs de l’inclusion. La plus célèbre des chanteuses belges, hissée par la voix arabisante d’Othmane, devient l’emblème du Coming-Out dans les rangs des forces de l’ordre et la porte-parole posthume des minorités au sein du cercle LGBTI+. La sortie du film est prévue en septembre, Strobo y reviendra.

La voie d’Othmane
D’origines marocaine et algérienne, l’enfant efféminé contrarie son entourage. Rejeté par sa famille à l’adolescence en raison de son androgynie et de son orientation sexuelle, Othmane débarque à Paris avec pour ambition de réussir dans le spectacle. C’est là qu’elle tape dans l’œil de Marc Martin. Le podium Inter-LGBT de la Marche des fiertés, place de la République à Paris, le 25 juin prochain lui offrira-t-il leur visibilité ? 
Les infos sur le site du photographe.

 


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