AgendaQ remercie Olivier pour son témoignage et invite chacun à se faire vacciner rapidement (il y a un rappel nécessaire au bout d’un mois), surtout si vous fréquentez les lieux de convivialité (backroom, saunas, bars, …) ou si vous avez prévu de voyager lors des prochains grands meetings fetish européens, circuit festivals, croisières gay, … cet été ou à la rentrée.
L’épidémie de variole du singe progresse vite chez les gays/HSH (hommes ayant une sexualité avec des hommes). Alors que la majorité d’entre nous pensons pouvoir passer entre les gouttes, Olivier nous a contacté afin de partager son expérience sur le calvaire MonkeyPox.
Nous avons hésité à publier ce témoignage et surtout les images qui l’illustrent. Mais à l’heure de l’annonce d’un vaccin préventif disponible pour les "groupes les plus exposés", il nous a semblé opportun de publier ce genre d’alerte.
Bonjour Olivier, comment vas-tu ?
Mieux ! En regardant en arrière, je me rends compte du chemin parcouru, ce qui était indispensable de faire en hospitalisation et ce qui me reste à faire chez moi sur les 2 semaines restantes en isolement total. Dans mon cas, il n'y a pas vraiment eu de douleurs mais une grande gêne physique et beaucoup de pénibilité dans tous mes gestes du quotidien.
- Comment as-tu contracté la variole du singe ?
Dans mon cas, tout est allé relativement vite. J'étais à Montpellier le week-end de la Pride (25-26 juin 2022) et j’y suis resté pour aller en sauna le soir. Sur le moment, j'ai eu d'excellents moments sexuels dont celui-là : je suis dans le hammam très odorant aux senteurs d'eucalyptus. Une douche froide, seul moyen de faire tomber la température. Je m'y rince allègrement. Sur le côté, j'aperçois une silhouette engageante. Un mec bobybuildé, coupe de cheveux militaire. Le mec est taillé en V, imberbe ; sa carrure me rappelle Zangief dans Street Fighter... Il s'agenouille dans le hammam et commence à me pomper. Whoooaaaaa trop bien. Mais je ne tiendrais pas longtemps à cause de la chaleur. On file vers une cabine. Et là, durant une bonne heure, on se jauge tels 2 mâles qui veulent prendre le dessus... Pelles, tétons, bouffage de queue, de cul, 69... Tout y passe. A un moment
un mec toque avec insistance, on ouvre, le mec cherchait son poppers possiblement oublié. Les quelques mecs qui sont dans l'encadrement de la porte nous voient en pleine séance de baise humide et avec envie. Je kiffe. Le mec est une statue grecque vivante et massive. Son cul glissant de sueur s'offre à moi, je ne sais pas résister à un beau cul bombé. Je me mets à le bouffer et il me l'offre de plus en plus. Je me mets au sol sur le dos il va s'assoir sur ma gueule. J'accueille son trou bien ouvert et je lui lèche le tout allègrement et avec gourmandise. Nous kiffons tous les deux. Je me remets debout pour le sodomiser maintenant qu'il est très ouvert. Putain, c'est tout chaud et humide, je le baise "doggy style", nos 2 corps en sueur glissent. Vraiment c'est de plus en plus dur de résister à l'envie de jouir. Pour cette dernière partie, je me remets allongé sur le matelas, il m'offre son cul sur ma gueule et ses kilos de muscles font que tout est plaqué sur ma gueule, tout glisse et je me délecte de lécher le cul de ce mec. Il kiffe tellement qu'il finira par me jouir sur le
torse une quantité importante de foutre. J'adore. Il éclate de rire, un rire nerveux de fin de jouissance satisfaite. Il garde la position le temps que je jouisse à mon tour. Je prends tout le foutre que j'ai sur ma poitrine pour enduire ma queue de ce lubrifiant naturel. Il décide me m'étouffer avec sa queue encore pleine de foutre au fond de ma gorge le temps que je jouisse. L'explosion approche. Je suis au Nirvana. Il est 2 heures du mat, le sauna doit fermer. Perso, j'ai mon train le dimanche midi, j'ai mes limites qui sont la fatigue physique et le raisonnable; mon appétit sexuel a été satisfait ce soir.
Je voulais témoigner de mon expérience pour plusieurs raisons :
1- J'ai été primo-vacciné dans mon enfance quand le vaccin de la variole était obligatoire. Je pensais donc avoir logiquement un bagage vaccinal qui me protège contre les formes graves de la variole du singe.
2 - Mon expérience diffère énormément de ce qui est classiquement reporté. Il est à mon avis important de montrer que la variole du singe, ce "n'est pas que des boutons ici et là..."
3- C'est suffisamment traumatisant pour soi et mes proches qui me voient dans cet état pour le garder "pour moi". Je pense à un témoignage d'utilité publique tout simplement qui j'espère poussera les nouvelles générations qui ne se sentent pas du tout concernées (si elles savaient !) à se faire prochainement vacciner.
- Quels ont été les premiers symptômes et as-tu pensé directement que cela pouvait être la variole du singe ?
Les premiers symptômes sont apparus 4 jours plus tard sous la forme d'une myriade de "boutons de fièvre" sur les 2 lèvres. Étant facilement sujet à l'herpès quand je pousse les potards dans ma tête à fond (groooooosse fatigue, gros ensoleillement, contrariétés...), il n'est pas rare de sentir venir un bouton de fièvre labial ; les réflexes se nomment Valaciclovir, HurgoGel...
Le lendemain, le vendredi 1er juillet devant l'ampleur des boutons, je décide tout de même d'appeler le 15 pour une suspicion de Variole du singe/MonkeyPox (je suis alors coincé chez moi en télétravail) et un médecin viendra dans l'après-midi me diagnostiquer... un herpès. Pour lui et son confrère (qu'il a contacté en direct avec une photo de mon visage anonymisé) ce n'est pas la variole du Singe car « vous seriez recouvert de la tête aux pieds de boutons ». Or ce n'est pas le cas. Allez hop Doliprane et ça ira bien. Pourtant, de nouveaux symptômes sont apparus : diarrhées, grosse fatigue, courbatures (mais peuvent être confondus avec ma reprise intensive du sport en début de semaine). On voit bien, avec le recul, qu'au début d'une nouvelle infection, même les médecins sont limités dans leurs connaissances de cette variole. Ils ont entendu dire que variole du singe = boutons pustules sur le corps, paumes, sexe etc... Comme il n'y en avait pas (pas encore à ce stade...) la conclusion la plus simple est que ça doit être un herpès. Et comme "il n'y a pas de traitement contre le MonkeyPox"... il faut prendre son mal en patience...
Je dois partir travailler à Toulouse le weekend du 2/3 juillet... pour la Pride et accessoirement, participer à une opération de prévention sur la variole du singe... Ironique, non ? C'est armé d'un masque durant tout le weekend que j’effectue mon travail, évidemment. Avec une baisse de motivation, un état second permanent et une fatigue prononcée. En prenant ma douche le samedi soir, je constate plein de boutons pustules typiques de la variole sur la base de mon sexe, la verge et au niveau du prépuce. Ces boutons blancs en forme de donut... Nous sommes le dimanche 3 juillet, les boutons prennent vraiment plus d'ampleur... Ils sont désormais sur les lèvres, la verge, et quelques boutons isolés sur les tétons, cuisses et près de l'anus.
Lundi 4 juillet, une nouveauté est apparue dans la nuit : un œdème facial... C'est tellement impressionnant que ça en devient carrément flippant et je décide d'aller consulter aux urgences de la Pitié-Salpêtrière, ils ont un département "Maladies Infectieuses et Tropicales". Normalement, il est nécessaire d'envoyer un mail avec des photos afin d'avoir une réponse du service pour savoir quoi faire et éventuellement prendre rendez-vous. Je retire mon masque au secrétariat pour leur montrer la raison de ma venue et la réaction ne se fait pas attendre... On va me prendre en urgence afin de réaliser des prises de sang et des analyses. Le résultat me sera communiqué sous 48h; en attendant il n'y a pas grand-chose à faire à part patienter. C'est bien pour cela que l'on s'appelle des "patients", n'est-ce pas ?
- Peux-tu nous expliquer les différents stades qui ont suivi le diagnostic de la Variole du singe ?
A cette étape je pensais avoir tout fait et n'avais plus rien à faire la Pitié m'avait prescrit un arrêt de travail de 3 semaines pour que je reste en isolement total le temps que ça passe...
Mardi 5 juillet : l'œdème facial a encore pris du volume et gonfle maintenant la partie inférieure de mon visage. Je suis réellement inquiet de me demander mais jusqu'où … le visage, les lèvres, peuvent-elles encore gonfler ? Je décide de rappeler le 15 afin de faire part de la situation : ils savent que j'ai appelé 4 jours auparavant et je leur annonce l'avalanche de nouveaux symptômes. L'opérateur n'y va pas par 4 chemins et m'invite à aller consulter en urgence à l'hôpital Avicenne situé à 5 minutes de chez moi. J'y suis à 7h30. Ils ont une unité "Maladies Infectieuses et Tropicales" et je vois plusieurs Médecins du service & chefs de service qui prennent conscience que mon cas n'est pas à mettre de côté. Il y a effectivement urgence. Il est 11h, on m'annonce qu'ils me gardent en hospitalisation et qu'une chambre va m'être attribuée. Pour combien de temps ? Personne ne le sait vraiment. On verra bien. Au moins je suis rassuré de me savoir pris en charge, surveillé par des spécialistes. Eux aussi attendent le bilan des analyses de la Pitié...Me voilà donc officiellement hospitalisé avec un protocole d'isolement : chaque personne qui vient dans la chambre doit spécifiquement s'habiller d'une blouse jetable, de sur-chaussures, charlotte et de gants en latex. Je vais revenir sur l'état physique dans lequel je me trouve avec cet œdème facial : normalement, ma langue arrive naturellement à "caresser" les parois internes de ma bouche pour déloger un bout de gâteau, de viande ou que sais-je encore... mais à ce stade de l'œdème facial, la peau se remplit d'eau... mes parois internes de la bouche et mes muqueuses sont tellement gonflées que le cerveau a du mal à cartographier cette nouvelle géographie des lieux ; c'en est vraiment perturbant. J'allais oublier, j'ai un bouton apparu pile sur le côté de la langue ; comme un aphte mais plus gros ; autant dire que chaque bouchée de ce que je peux avaler (purée, liquide, truc mixé) est une torture : ce n'est pas la déglutition qui me pose un problème ; c'est cette sensation de me mordre la langue à chaque mouvement de déglutition ; boire de l'eau à la paille est devenu obligatoire. Un verre d’eau apposé sur mes énormes lèvres est voué à déborder de toutes parts hors de moi, je ne maîtrise plus les muscles autour de mes lèvres. Le virus du de la variole du singe aura bien été identifié entre temps grâce aux analyses et prélèvements réalisés à la
Pitié. C'est bien lui le responsable de mon état actuel. Durant les 3 prochains jours, je serais toujours aussi gonflé avec régulièrement des lambeaux de muqueuse de ma bouche qui vont tomber, que je vais tant bien que mal décrocher avec le bout de ma langue et être obligé d'avaler. Ça va, c'est du "moi" après tout. Mais ce sont des sensations vraiment désagréables. Tous les matins et soirs, le brossage des dents, indispensable hygiène dentaire et buccale me fait un mal de chien à se frotter contre mes muqueuses fragilisées, à m’érafler par accident ce p***** de bouton sur la langue, à devoir "baver" de mousse dentifrice qui dégouline sur mon énorme bouche crouteuse... il va falloir tout rincer et cet œdème qui m'interdit toute subtilité dans la rétention d'eau dans la bouche... Tout est pénible. Ma première nuit fut épouvantable. Blanche. Nouveau lieu, lit d'hôpital, l'esprit qui fait délirer dans la nuit. De plus il faut trop chaud et je n'ai pas vu dans mes bouffées délirantes un ventilateur posé au pied du lit. Tous les jours j'ai une interne, un chef de service, des infirmiers et infirmières (tous très gentils et attentionnés) qui passent pour changer mes perfusions, ajouter des antibiotiques, prendre mes mesures (température, tension et oxygénation du sang) et m'apporter à manger, boire et voire l'évolution de mon état. Afin de s'assurer qu'il n'y a pas d'autres infections cachées sous ces grosses croûtes qui figent mon visage, on me fait passer un scanner facial. Scanner qui sera décisif dans le fait de complètement rassurer le chef de service qu'il n'y a rien d'autre que le MonkeyPox. Pas d'autre vice caché. Ouf ! C'est à partir du vendredi 8 juillet que l'œdème se rétracte enfin de façon notable. On commence à envisager ma sortie d'hôpital. Toutes les journées et toutes les nuits, j'ai eu cette sensation d'écoulement de fluides sur et sous mes croutes (qui se mélangent à ma barbe et moustache, c'est d'autant plus ragoûtant) : de la lymphe qui rajoutent en séchant une sorte de surcouche crouteuse. Je m’interroge : "mais comment diable toute cette merde va pouvoir partir si cela ne s'arrête jamais ?"
Samedi 9 juillet : c'est le jour de ma sortie. Je ne suis plus depuis la veille en perfusion. Je n'ai plus besoin à chaque nécessité d'aller aux toilettes de devoir me trimballer la perche aux perfusions avec moi (jusqu'à 10 fois par nuit pour pisser toute l'eau issue de la perfusion et de l'œdème qui se vide)
Le chef de service me rend une dernière visite avec les recommandations d'usage de ce qu'il faut faire et ne pas faire pour les 15 prochains jours en isolement total à la maison. Ce n'est que la fin de ma première partie de chemin de croix MonkeyPox...