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Les nouveaux formats du clubbing part 3/3

Geypner

Voici le dernier opus de notre virée en 3 épisodes dans les nouveaux concepts qui agitent le clubbing.

Le 31 décembre 2021, en plein réveillon, Le Monde assène un bruyant  « La bamboche, c’est terminé : fin de party sur les dance floors ». Un article en forme de constat de l’ambiance morose qui s’est installée pendant la pandémie chez les personnes qui avaient l’habitude de sortir pour faire la fête. Privation de sorties successives, fermetures des clubs à répétition et restrictions multiples ont sapé le moral des clubbers. Verdict : aller se trémousser sur la piste ne serait plus essentiel pour de nombreux français. Et pourtant, lorsque nous avons entamé cette virée dans les nouveaux formats du clubbing, nous ne l’avons pas fait au hasard, vous vous en doutez bien. Le monde de la nuit souffrait des affres de la situation sanitaire, nous aussi. Mais notre envie de voir la lumière au bout du tunnel était plus forte que tout et surtout au milieu de ce marasme, la nuit parisienne avait depuis quelque temps esquissé un changement de cap. Alors bien évidemment, nous ne sommes pas devins, anticiper sur le futur n’est pas chose aisée. Mais une mutation profonde était en train de s’exercer, nous en étions les témoins chez Strobo. Bien plus que le décorum, c’est l’approche de la vie nocturne, de ses comportements, de ce que l’on y fait et pourquoi on y vient, qui se métamorphose devant nos yeux. il nous fallait comprendre. 

Audacieux.ses.
Dans le premier épisode de cette trilogie consacrée aux nouveaux formats du clubbing, nous avons été farfouillés du côté des envies qui ont motivé ce changement de paradigme dans l’esprit qui règne dans certains clubs allemands que nous connaissons bien : Kit Kat Club ou le Berghain. Dans le deuxième volet de cette enquête, nous avons vu comment l’inclusivité, la porosité des atmosphères et l’ouverture à de nouveaux possibles s’offraient à la nuit parisienne. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Résultat des courses après deux ans de turpitudes : des ouvertures sporadiques et hasardeuses entre deux vagues COVID et 18 mois où tout a été suspendu, la nuit se révèle plus offensive et tonitruante que jamais. A réouverture le 16 février, c’est un raz de marée de soirées qui déferle. On ne sait plus où donner de la tête tellement l’offre est pléthorique. Mais que va t on trouver après autant de temps de « sans rien » ? Où en est-on de l’énergie qui nous faisait bondir de dancefloor en dancefloor ? Est-on tout simplement prêt.e.s à remettre le pied à l’étrier et laisser derrière nous les heures sombres que nous venons de subir ? L’envie d’y croire, voilà tout. Le pari est osé, mais Paris est à part.
Bien que l’incertitude des réouvertures ait eu raison de certains lieux, l’inquiétude de soubresauts a affecté des acteurs de la nuit et pourtant loin de perdre pied, l’industrie de la nuit a toujours su se réinventer et donner des ailes aux clubbers. Le public lui est au rendez-vous, loin de ce que laisse imaginer quelques ressentis.  Il frétillait depuis tellement de temps à l’idée de rempiler dans leurs soirées fétiches que cette mi-février est vécue comme une bénédiction. Les bars ont donné un avant-goût de ce besoin de sortir, de se retrouver, de partager, de s’encanailler. Les clubs ont fait le plein dans la foulée. Le week-end sacré du 18 février sonnait comme un soulagement, une renaissance, un retour à la vie d’avant. 

We are open !
Un public à cran et en manque. Ce qui lui faut au plus vite, c’est un gros shoot de ce qui connaît le mieux : le trépignement d’une nouvelle soirée, la préparation post-sortie, le plaisir retrouvé de retrouver ces univers suspendus où la nuit laisse le carcan du quotidien et libère en vous sa dose de liberté. Rodeo, Mustang, Myst, Monarch, Revolver, Fluid Party, Under, Orgy, Angst, Spectrum, TBM, Squat, Less Drama More Techno, Hole, Technosterone, Menergy, Lolita, C.C, Jim, La Dimanche, Possession, Prohibition VendrediXXL et consœurs reprennent du service. Ils sont le terreau fertile et incontournable de nos appétits nocturnes. Les fidèles sont au rendez-vous. Les salles sont remplies, les atmosphères survoltées. Un retour jouissif sur la piste de danse. 
Mais c’est autre chose que l’on est en train de vivre. On ne sort plus en mode routinier, c’est un acte militant qui s’opère. Nous sommes les protagonistes d’un monde en effervescence qui doit reprendre ses repères. Le temps à fait son œuvre et la population a évolué. Dans la communauté LGBTQQIAAP+ parisienne, les soirées se décloisonnent de plus en plus. On casse les codes, on investit de nouveaux territoires, on s’ouvre à l’autre. Là où la communauté s’est créée, des soirées identitaires et que certaines bien entendu continueront sur ce prisme, garantissant un esprit fédérateur et safe, les soirées s’orientent de plus en plus à devenir des carrefours de publics où les minorités sont mises en valeur. Les publics s’y mélangent, les genres et les orientations sexuelles s’y croisent sans distinction aucune, si ce n’est le fait d’être dans un lieu friendly, respectueux et bienveillant. On ne peut que s’en féliciter. A ceci s’ajoute, selon le concept des soirées, une invitation à vivre autre une expérience à part entière. Par exemple, les fétichismes sont expressément convoqués sur le dancefloor. Fini la tenue lambda, on y vient lookés comme on irait en sex-club, avec harnais, cuir, latex, sport, jock ou simplement nu. Cela change la physionomie des salles. Ce qui était du domaine de l’alternatif prend le pas et s’impose doucement comme une norme. Cela permet autant aux clubbers de laisser s’exprimer leurs envies qu’aux organisateurs de brasser un public plus large. Cela veut-il dire que les clubs viennent prendre la relève des bars et lieux fétichistes ?

Mélangisme
La question peut se poser. Mais force est de constater que les discothèques sont des lieux particuliers. La musique distillée emporte les danseurs dans une élan libérateur, la chaleur, les corps qui se lâchent sont autant de facteurs qui les uns avec les autres interagissent et donnent à tous les dancefloors une certaine tension sexuelle. En important les codes des sexclubs sur la piste de danse, on démultiplie les tentations. Voilà pourquoi, nombres de soirées offrent des espaces de convivialité afin de satisfaire des pulsions charnelles, causées à juste titre par cette possibilité aujourd’hui plus qu’hier de donner des indices sur ces pratiques sexuelles à travers sa tenue. Fini l’uniformité du jean- t-shirt, on titille l’autre avec un look provocateur, on assume ses trips avec un dresscode hard, on rend fashion nos vie fetish. 

N’oublions pas le club comme son nom l’indique est un cercle réservé à une société choisie où l’on se réunit pour une activité spécifique. Paris en est parsemé, mais ce n’est pas le lieu qui fait la soirée, il y participe, mais c’est avant tout la chimie entre l’esprit de la soirée et le public qui font son succès. L’idée d’avoir des soirées sans « domicile fixe » a un attrait, celui de se faire surprendre, de vivre des moments uniques quand l’institution d’une adresse offre un cadre rassurant et impose une signature à la soirée. Résident ou vagabond, chacun y trouve son compte. Le Gibus propose ainsi des alternatives à son mythique club de la rue du Faubourg Saint Martin quand on attend avec impatience de savoir ce qui va advenir du Dépôt, toujours fermé. Ce temple des nuits parisiennes, cumulant dancefloor et sexclubs serait il une ombre du passé face à ces nouveaux formats de clubbing qui ne segmentent plus ces deux univers ou saura-t-il se réinventer pour être le club avant-gardiste comme il l’a toujours été ? La réponse ne saurait tarder…

 

 

 

 



 

 

 

 

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