Peintre français fasciné par la beauté du corps masculin, qu’il retranscrit dans ce qu’elle a de plus solaire, Jacques Sultana est enfin montré à la hauteur de son talent.
Découvrir le travail pictural de l’artiste français Jacques Sultana, c’est un peu dénicher un joyau trop longtemps ignoré du grand public qui s’échangeait discrètement entre collectionneurs d’art avisés. Exposé enfin à la galerie du Passage, tenue par le galeriste Pierre Passebon, les peintures de Jacques Sultana troublent d’emblée. Déjà par l’obsession du peintre pour le corps masculin et sa restitution la plus juste - qu’il s’agisse d’un grain de peau, de la posture adoptée, de la pilosité, de l’implantation d’un muscle ou des sexes lourds tranquillement saisis au repos - mais surtout par le rendu hyperréaliste des toiles. Une technique picturale troublante, que certains remettaient en question, pensant qu’il s’agissait d’un artifice et de photographies retouchées et repeintes. Le point de départ de la passion de Pierre Passebon pour Jacques Sultana lorsqu’un collectionneur vint lui demander si derrière le peintre ne se cachait pas une supercherie technique !
L’obsession masculine
Né en 1938, Jacques Sultana a 22 ans lorsqu’il se réfugie à Paris, chassé du domicile familial à cause de son homosexualité. Il trouve un point d’attache dans le 16ème, dans deux petites chambres de bonnes contigües et encombrées au fur et à mesure de centaines de tableaux. Un minuscule cagibi, dont on retrouve de nombreux détails dans ses œuvres, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 2012 et qui lui serviront à la fois d’habitation et d’atelier. D’abord professeur d’art plastique, Jacques est repéré par la publicité à la fin des années 1970 pour son style hyper réaliste et très prisé à l’époque, par la publicité pour laquelle il va travailler de longues années. Offrant son talent pour des marques comme Eminence, Pernod, Renault et même le Ministère de l’armée de l’air, il passe le reste de son temps à aborder des garçons sexy aux alentours du Trocadéro (qui est aussi un lieu de drague à l’époque) pour les convaincre de poser pour lui, et pourquoi pas plus si affinités. Même si le sexe n’est pas pour Jacques une finalité, « Si j’ai un peu regretté de ne pas avoir profité de l’occasion avec F., je ne le regrette plus. Aucun acte sexuel n’aurait pu me donner les heures de bonheur que j’ai eues en le peignant. », peut-on lire dans le catalogue de l’expo. Lorsqu’il prend en 1994 sa retraite, Jacques ne se consacre alors plus qu’à son art, qu’il n’expose pas ou montre peu par timidité. Aujourd’hui collectionné par Pierre Passebon ou Jean-Paul Gaultier, ses œuvres trouvent enfin leur voie, royale, dans la représentation du corps masculin dans toute leur puissance sexuelle et érotique.
Jacques Sultana, Galerie du Passage,
26-26 Galerie Véro Dodat 75001 Paris.
Catalogue : « Jacques Sultana 1938-2012 »
Editions Pierre Passebon. 40€