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Les nouveaux formats du clubbing part 1/3

Geypner

Strobo vous propose une virée en 3 épisodes dans les nouveaux concepts qui agitent le clubbing.


Un souffle nouveau s’empare de la culture club depuis quelques temps. On y vient pour s’amuser et pas seulement pour danser. La musique est le cœur des soirées avec des DJs sets de qualité mais on cherche quelque chose en plus. Venir se déhancher, se nourrir de bon son ne suffit plus. On veut s’adonner tout entier au plaisir, au lâcher prise, trouver un espace de liberté et d’affirmation, une safe place où l’on est juste soi, un espace où l’on peut faire ce dont on a envie. Retour sur la genèse de ce courant qui a métamorphosé l’idée du clubbing made in France.

Berliner

Cette inspiration nous provient des clubs Outre-Rhin, plus exactement de Berlin. Capitale du clubbing underground, la ville offre aux clubbers des écrins libertaires où le non-jugement, l’inclusivité et l’hédonisme sont règles. Le Kit Kat club pointe en tête de peloton. Créé en 1994 par un ancien producteur de film porno autrichien, ce lieu bien qu’ayant changé d’adresses à plusieurs reprises, a toujours gardé son ADN et son aura. Vu comme la quintessence de la liberté, on y vient tout autant s’y encanailler que danser toute la nuit. Car ici, tout est permis. Enfin presque, car entrer dans ce temple des sens, c’est déjà passer la porte. Et pour cela l’extravagance est de mise, le fétichisme de rigueur, les jeans à bannir, les hommes sont invités à enlever le haut ou le bas et les femmes se mettre en valeur. Une fois à l’intérieur, c’est une véritable expérience qui vous attend. Espaces feutrés, bar où le service est garanti par un personnel en tenues légères et aguichantes, tout est fait pour vous mettre dans l’ambiance. Une atmosphère suave et bienveillante, décomplexée et animale s’empare de vous. Les corps s’enlacent, se lèchent, s’embrassent, se pénètrent à deux, à trois où plus dans l’indifférence totale. Les orientations sexuelles s’effacent au profit du plaisir des corps libérés. Les gens sont en cuir, en latex, en string, en sous-vêtements, totalement nus et se mélangent sans retenue. Comprenez bien que dans ce libertinage autorisé, la musique est de loin une des plus belles surprises. Les DJ font des merveilles et certains ne viennent que pour la musique et se complaire dans la magie du moments électriques dont seul le Kit Kat a le secret.

Libérateurs et libertaires

Pourquoi commencer à vous parler du Kit Kat pour évoquer les balbutiements des nouvelles manières de faire du clubbing. Tout simplement par ce qu’il est   important de remonter aux sources et de se dédouaner à un moment du quand dira-t-on. Vous ne pouvez pas dire que vous n’avez jamais entendu dire « Ah les fêtes à Berlin sont incroyables. C’est tellement différent ! Plus libre, plus alternatif, plus barré ! » Alors oui, admettons-le, le clubbing berlinois à un je ne sais quoi qui fascine et le Kit Kat y est pour beaucoup. Le club chez nos amis germains conjugue permissivité et responsabilité. En effet, pas de comportements déplacés et pas de mauvais échos de ces soirées, juste le sentiment d’être au bon endroit, au bon moment.

Encore faut-il pouvoir accéder à ces adresses. Le Berghain est un sanctuaire pour les amateurs de musique électro et tout particulièrement la techno. Les plus grands DJ viennent y mixer. C’est toute la culture et l’histoire de Berlin qui semble se concentrer dans cette impressionnante masse de béton. Passer la porte d’une ancienne centrale électrique reconvertie en club en 2004, c’est franchir pour beaucoup les portes du paradis. Un Eden qui n’est touchable qu’après avoir eu l’aval du physio, l’emblématique Sven avec sa carrure de cerbère, son visage tatoué et piercé. C’est kit ou double, soit vous avez la tête de l’emploi, soit c’est le « Nein » rédhibitoire. Ne cherchez pas à discuter, vous allez lui faire perdre du temps et l’agacer. L’entrée du Berghain semble le défi le plus ardu du clubber en quête de sensations. Sachez simplement que Sven est le garant de ce qui se passe dans le club. Il jauge, juge et permet au Berghain de vous emporter. Des sites essaient de vous vendre le dresscode idéal, mais ne vous y fiez pas, le meilleur des conseils c’est de rester soi-même.

Influenceur

Revenons à l’esprit du Berghain. Une fois avoir été fouillé, la structure s’élève telle une cathédrale dédiée à la musique. Tout est imaginé pour vous faire bouger jusqu’au dimanche soir non-stop et parfois le lundi matin dans le jardin, prolongement outdoor du club. Voilà pourquoi pénétrer dans cette bâtisse, c’est abandonner tous ces principes. Après avoir vous avoir mis à votre aise (fétichisme bienvenu, nudité appréciée), un escalier en métal vous conduit au Saint-graal, une gigantesque salle où une foule de corps bougent aux rythmes syncopés des basses qui font vibrer le sol. Le DJ au milieu de cette faune fait partie de la danse. Il ne toise pas, il est le tempo, il est en communion avec le public. A l’étage, le Panoramabar donne le change avec de la minimal moins agressive mais toute aussi efficace. Les publics divergent aussi entre les deux univers. Le plus volumineux, le Berghain est essentiellement fréquenté par une population LGBTQIA+, quant au Panoramabar, il se veut plus hétéro. Quoiqu’il en soit, que vous passiez de l’un à l’autre, vous pourrez constater qu’il se dégage un respect total alors qu’au détour d’un pilier un couple fait son affaire, qu’un groupe de mecs s’infiltre à 6 dans une des cabines des toilettes où ne tournent que des hommes aux muscles saillants. Tandis qu’un peu plus loin des filles s’échangent des baisers langoureux. C’est aussi et surtout ça le Berghain.  Le mélange des genres, une zone de liberté infinie, une bulle d’air.

L’audace parisienne

Force est de constater que pour ceux qui ont suivi et vécu les aventures d’Aladdin Charni, squatteur parisien professionnel et créateur de parties décalées, les effluves de ses fêtes undergrounds au Pony Club, au Pipi-Caca mais surtout au PériPate resteront à jamais gravé dans les mémoires. Ceux qui ont embrassés la folie berlinoise ne pouvaient qu’adhérer aux délires mis en branle par Aladdin, perturbateur nocturne. Il a convoqué des nuits durant des milliers de personnes sous le périphérique parisien à venir profiter de soirées annoncées à la dernière minute, flirtant avec l’illégalité dans un lieu brut de décoffrage, où de la techno était balancée à des grappes de clubbers en demande de formats différents de ce que le clubbing classique proposait. Interdit au moins de 23 ans, une file d’attente interminable s’étirait de la porte d’entrée jusque derrière le périph’. Dans la queue, une population éclectique, mixte, bigarrée, interlope, militante est prête à patienter des heures pour vivre l’effet PériPate...

Retrouvez la suite de ce dossier sur l’évolution des formats du clubbing dans le prochain numéro de Strobo.

 

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