Les zones « cruising » reviennent en force dans les soirées clubbing. Phénomène de mode, volonté de donner une touche plus grisante au public, répondre à une demande… Danser, faire bouger son corps, se déhancher et satisfaire des envies plus triviales, est-ce cela le nouveau modèle des clubs ?
Jusqu’à peu, seuls les sex-clubs étaient les lieux de convivialité connus et reconnus où la priorité est celle de s’encanailler. Et chez nos voisins, alors ? Les clubs à Barcelone consacrent un coin où le sexe est explicitement toléré, si l’envie vous en dit. La France n’est plus en reste. Depuis quelques temps, la sexualité de l’instant, celle qui se consomme sur place, s’invite au sein des soirées. Cette nouvelle donne se répand très rapidement. Que se passe-t-il exactement ? Besoin d’attirer une nouvelle clientèle qui a délaissé les clubs pour des parties privées, récupérer les habitués des sex-clubs avec un compromis danse-sexe, répondre à une demande, … ?
All inclusive
Force est de constater, et vous le savez plus que de raison, qu’aller danser en club est tout autant un plaisir personnel motivé aussi par l’opportunité de flirter et de laisser son sex-appeal s’exprimer. L’idée presque sous-jacente est celle de séduire, être séduit et pourquoi pas donner suite à ces échanges de regards, ces frôlements, ces baisers rythmés par la musique, à une réalité plus concrète, celle d’un rapprochement plus franc, sexualisé. Sorte de désinvolture de l’instant, du moment suspendu propre à la soirée, le dancefloor se transforme en parade presque nuptiale… là où la nuit nos gaydars sont aiguisés et les tentations démultipliées. Il fallait donc répondre à ces ardeurs flagrantes et permettre aux clubbers de s’amuser un peu plus que de coutume. Une obligation ? Assurément non ! Une permission ? Oui ! Celle de prolonger l’expérience club dans un flot de bonnes vibes qui passe par un moment libertaire et libérateur. Faire du club un espace expérienciel, un nuage de bonheur et d’exaltation, orgasmique autant pour vos délicates oreilles et vos corps endiablés que pour assumer vos envies les plus hots.
Les comportements en clubs renferment des pulsions. La musique, le plaisir de s’amuser, la population, l’ambiance et les hormones qui se mélangent dans l’espace sont le terrain fertile à d’autres rencontres récréatives comme « faire du sexe ». Vient-on expressément pour cela, la question peut se poser. Lorsque les clubs n’offraient pas ces espaces dédiés au sexe, ces « darkroom », « backroom », ces « cruising », « pleasure area », les relations devaient s’emballer et s’emporter chez soi, la dégustation in situ était impossible et interdite. Et pourtant, le principe fonctionnait déjà et pas bien loin. En Belgique, La Démence, fin connaisseur de son public et des envies des clubbers, a mis en place des espaces spécifiques consacrés au sexe. Le Berghain à Berlin est loin d’être en reste. Les alcoves bétonnées et les recoins sont à disposition des envies les plus pressantes. Cela fait partie du concept.
Les pionniers
A y regarder de plus près, mise à part les soirées qui s’inscrivent dans les évènements communautaires à connotation sexuelle comme Paris Fetish ou les autres Fetish Week européennes, rares sont les soirées clubbing qui accordent une vraie liberté en matière de sexualité. On y vient se distraire à loisir. On y danse, mais surtout comme à Bruthal ou la Recon Party, aujourd’hui, les concepteurs réfléchissent au meilleur moyen pour que leurs soirées soient compatibles avec le déhanchement sur du bon son, que sur un bon ami (sic). A commencer par des soirées qui ne suivent pas le modèle classique des clubs traditionnels et préfèrent investir des lieux alternatifs en bordure de Paris. Leur crédo : offrir une bouffée de liberté pleine et entière. Bienveillance, joie d’être ensemble et plaisir respectif sont les mots d’ordre de ces rendez-vous. Dans une société castratrice, liberticide et pudibonde, ces nouveaux repères proclament le droit à vivre intensément, à profiter du moment et surtout se faire du bien. Et de fait, la sexualité est l’une des composantes de cette recherche de bonheur et d’abandon. On y vient comme on veut, on y fait ce que l’on veut. Certains se défaisant du lieu consacré au sexe pour offrir une permissivité sur l’ensemble de l’espace de la soirée. Souvenons-nous de la seule et unique soirée baptisée à juste titre Lust – Luxure – qui un samedi soir, il y a quelques années, avait investi un bâtiment à la façade noir de la rue Quincampoix pour une nuit mémorable où la sexualité positive, sans jugements, interlope, côtoyait les danseurs sur les pistes de danse qui s’amourachaient à coté de personnes attablées sirotant cocktails ; le tout dans une atmosphère onirique en clin d’œil au film « Short bus » réalisé par John Cameron Mitchell.
La relève
Les Zoo, les Glory Holes, ont pris la suite. La banlieue devient le nouvel eldorado de ces soirées qui investissent un secteur où les clubbers cherchent de nouvelles manières de vivre la nuit. Au-delà de la nouveauté, de concepts vendeurs et marketés à souhait et d’une programmation aguichante, l’attrait de la « play area » fait la différence et attire l’attention. Attisant la curiosité, Orgy au Gibus en est l’exemple. Ce lieu prône les plaisirs multiples : « la soirée où l’on se livre à toutes les débauches. Une orgy sonore, une orgy visuelle et sensuelle où l’exaltation collective est de mise. Orgy est une fête où tous les plaisirs et la volupté prennent enfin tout leur sens. », la promesse est alléchante. A l’exception du Dépôt qui associe un espace sexe à un club depuis sa création, les espaces de découvertes mutuelles ne sont pas légion dans nos clubs et soirées, ils l’intègrent comme un « plus » non négligeable. Leur clientèle change-t-elle ? Pas vraiment, puisque c’est un package auquel on adhère. Disons simplement que cette notion du « oui, c’est possible » confère de nouvelles perspectives à beaucoup qui, réfractaires à l’idée de sortir, reconsidèrent leur motivation par cette possibilité.
A chaque soirée, ses codes, sa musique, ses fidèles, ses comportements… Avec l’introduction d’espaces de jeux ou la simple évocation d’une tolérance à l’acte sur place, les sorties prennent une autre dimension, celle d’un terrain de chasse où votre corps sur le rythme de la musique sera une invitation à d’autres plaisirs toujours plus charnels.