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La nuit est ma drogue

Geypner

Les substances psychoactives (drogues) font partie du monde de la nuit. Face aux différents produits qui circulent, les producteurs d’évènements ont de plus en plus tendance à sortir l’artillerie lourde afin de garantir que la fête se passe bien. Entre répression et prévention, à chacun sa méthode pour agir.


Que celui qui n’a jamais croisé la mention « GHB interdit » inscrite sur des panneaux dans un club, se manifeste ! La drogue dite « du violeur » a été pendant longtemps la bête noire des organisateurs de soirées. Le blackout total que cette substance provoque est encore dans les mémoires de ceux qui en ont été victime. Et de tous ceux qui par mauvaise gestion des quantités que le corps peut ingérer, se sont retrouvés à faire des « G hole » où les pompiers sont obligés d’intervenir. Les exemples sont nombreux. Des grosses soirées sont encore dans les esprits le théâtre de déferlantes inquiétantes, où des services de secours secondées par des « anges gardiens » veillaient à tout écart ou surgissaient dès lors que la situation se compliquaient. C’est sans compter les ecstasys qui ont eu leur période de gloire. Tout le monde se filant le meilleur plan pour savoir si du « dauphin » ou de « l’étoile filante », le résultat escompté était à la hauteur de la réputation du produit gobé. La « C », la fameuse poudre blanche, la cocaïne, ses dérivés et ses substituts chimiques qui cartonnent aujourd’hui avec leurs effets divers et variés, mais qui assurément vous projettent dans d’autres sphères, sont encore et toujours de toutes les fêtes. Tradition oblige vous diront certains, tandis que d’autres voient cela de très loin… à chacun sa religion dans les turbulences de la nuit.

Sévir ou devancer

Ce qui est clair, c’est que la présence des substances récréatives dans les espaces festifs nocturnes est légion et a toujours existé, ne nous voilons pas la face !  Mais alors comment faire pour « encadrer » les consommateurs, voilà la vraie question. Certains sont partisans du « No Drugs ». Radicaux et intransigeants, la prohibition est permanente, l’interdiction clamée, et être surpris à faire un quelconque petit écart à la règle entraine la sortie immédiate et définitive du contrevenant. La répression a encore de beaux jours devant elle. Car l’accident est une crainte avérée de la part des responsables du lieu. Cela se comprend aisément car en cas de souci, l’établissement peut être sous le coup d’une fermeture administrative. Il s’agit donc et aussi pour le responsable de l’établissement d’afficher auprès des autorités sa réprobation ferme à l’égard de la consommation de produits psychoactifs.

Sur le sujet justement, Diane, la fondatrice de Sexy SouciS, le collectif qui œuvre dans la prévention et la réduction des risques, connait bien la réalité de terrain. Les bénévoles qui œuvrent pour la structure officient dans plusieurs grosses soirées parisiennes et avoue « la difficulté à faire de la réduction des risques sans être taxé d’incitation à la consommation », explique-t-elle. A longueur de temps, dans les lieux de fêtes « frileux », on les exhorte à être discret. Là où eux, héritiers d’une culture de santé publique issue des années 70 font tout pour que l’approche santé auprès des clubbers passe par un accompagnement et une information, une discussion… certaines soirées jouent les profils bas, n’assument pas. Alors que c’est un enjeu primordial, qu’il faut assumer. « Avec la multiplication du chemsex, des G-hole, des mélanges de drogues (on appelle ça la poly-consommation), mettre des pincettes, ne pas en parler, c’est mettre des freins à la prévention », reprend-elle.

Être là !

Pour contrecarrer ce discours ambigu du « oui, mais », elle pose un stand dans chaque soirée où Sexy SouciS est invité à intervenir. Dans une ambiance bon enfant, bienveillante et positive, les membres du collectif sont à disposition pour enclencher une discussion à l’emporte pièces. Pas de discours moralisateurs au programme, pas de « les drogues, c’est mal ». Tout au contraire ! Imaginé comme un levier contre la honte et la peur, le stand est parsemé de bonbons acidulés, de raimbow flag, de gels, des spéculums, de roule ta paille, de sérum physiologique, de matériel mis à dispo comme des gants, doseurs pour le GHB, des préservatifs, mais aussi des kits d’injection. Ici, rien n’est tabou, pour ces experts en prévention issus des associations AIDES, Solidarité Sida et consœurs. Ils privilégient une discussion sur le bien-être et sur la santé sexuelle. De cette approche pragmatique et transversale, ils écoutent, évoquent les effets recherchés de telle ou telle substance, de telle ou telle sensation ressentie, de la manière de gérer sa consommation ou celle d’un proche. Source d’informations, inclusive, sans injonctions, sans préjugés, avec des informations vérifiées, les personnes viennent naturellement à eux, et les résultats sont très probants. Une intimité s’opère, un échange se crée, et les messages passent. Depuis deux ans qu’ils participent au milieu festif, leur carnet de bal ne cesse de se remplir, pour la bonne cause. La démarche neutre d’accompagnement préventive porte ses fruits. Les personnes sont plus en demandes, plus réceptives que de s’entendre dire : c’est interdit. Car, quoiqu’il en soit, ils consommateurs consommeront, donc autant que ce soit en connaissance de ce qu’ils utilisent, en comprenant mieux leurs besoins, leurs désirs, les effets… et les orienter en cas de faiblesse ou de difficultés.

Conscients et libres…

Il y a même un genre de soirées encore plus ouvertes, plus tolérantes à l’égard de la consommation de produits psychoactifs et de ses utilisateurs.  Des rendez-vous où des activistes d’associations spécialisées dans la toxicomanie et les addictions sont dépêchés sur site, pour valider la qualité des drogues mis à disposition des consommateurs. Aucunement l’envie d’interdire vous l’aurez bien compris. Simplement de rassurer et garantir que les produits ne sont pas « frelatés » comme l’explique Guillaume, un tout jeune quarantenaire, coutumier de ses soirées. « La drogue n’est pas une ennemie, ni à combattre si tu sais ce que tu prends, comment, pourquoi, et tes limites », renchérit-il. Pour ce chimiste des molécules hallucinogènes et des paradis artificiels, une soirée ne se conjugue pas sans. Il trouve alors son bonheur dans des lieux libertaires qui ne jugent pas ce que les clients font. La liberté est absolue. « Nous sommes responsables de nos faits et gestes. Et ça fait la différence. », assène Guillaume avec malice.

Fléau pour certains à combattre, volonté de tendre la main ou désir de laisser libre, les profils de réactions à la nébuleuse des produits est aussi plurielle qu’il y a de consommateurs et d’acteurs de la nuit. La nuit est propice à ces dérives et ces recherches de plaisirs et de moments furtifs, pour une partie du public en tous cas. On a de cesse de dire : il vaut mieux prévenir que guérir !  Ne serait-ce pas le choix le plus raisonné pour réduire les comportements à risques lorsque l’on sait que la prise de substances, qu’elles soient sniffées, avalées ou injectées peut, au-delà de la consommation, conduire à des conduites à risques, notamment sexuels avec des relapses plus fréquents… à méditer !

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