Articles / interviews

Coucouuu Lolla Wesh !

Julia Vesque

Personnalité étrange et fantasque, Lolla Wesh affole la toile et réinvente l’humour. Dans ses spectacles ou sur internet, elle aborde avec un décalage remarquable bon nombre de sujets de société, en particulier sur les thématiques LGBTQI+. La rédaction de Strobo est partie à sa rencontre…


Qui es-tu, Lolla Wesh ?

« Je suis artiste de cabaret, enfin ce qu’il en reste, activiste LGBTQI+. Je perturbe les questions du genre et je fais des vidéos sur internet où je partage mes trucs et astuces, mes billets d’humeur, mes recettes « cunilaires », je fais des tutos car je suis un peu comme une influenceuse beauté youtube, sans le tube. »

Comment est né ce personnage ?

« L’origine de tout ce cirque, c’est une blague en after avec des copains. Je voulais faire un clin d’œil affectif à mon amie Lolly Wish en créant une drag qui serait fan de Lolly et qui tente de lui ressembler, un peu comme le Jean-Michel fan de Johnny Halliday, qui pense être sosie de Johnny mais rien ne va… Lolla c’est pareil. Et elle y croit, avec conviction et audace ! »

Quelle est ta démarche artistique ?

« J’essaie de faire passer au maximum des messages militants à travers le prisme du cynisme et de l’auto-dérision. Mon travail est clownesque mais il exprime aussi une énorme souffrance quant au fait d’être LGBTQI+ dans une société hétéro. L’idée est qu’à travers Lolla j’exorcise des colères générées par mon parcours ou par celui des autres. Nous restons encore trop dans une zone grise qui est une source de souffrance pour beaucoup, j’essaie de rendre les choses plus douces en utilisant l’humour et les mots. Je ne fais pas du « drag » à proprement parler car j’interprète un personnage sur scène, je ne suis pas non plus dans le stand up, mais je mixe ces univers pour créer ma propre entité, en mêlant cabaret, drag, théâtre et stand up. »

Quels sont les messages que tu souhaites transmettre ?

« Comme beaucoup d’artistes activistes, les messages sont d’abord l’écoute et la bienveillance. Alors pas la bienveillance galvaudée qui tend à ce que tout le monde se passe de la pommade, mais la vraie bienveillance qui est de respecter l’autre, ses émotions et ses ressentis. Plus globalement, j’aspire à transmettre une sorte d’héritage de nos luttes, mes plus grandes références en termes d’activisme sont les prises de positions de Marsha P Johnson et Sylvia Rivera dans les années 70 entre autres lors des émeutes de Stonewall. J’en veux aux gays d’avoir oublié très vite l’origine de nos luttes et notre histoire. J’invite tout le monde à regarder le docu « The life and the death of Marsha P Johnson », ça remet les pendules à l’heure et ça requestionne les privilèges. Je trouve que les hommes gays ont sombré dans un obscurantisme proche de celui des hommes hétéros : ils exercent du sexisme, du racisme, du classisme, sans complexe. Ils oublient que, si aujourd’hui ils ont des privilèges, c’est parce que les populations les plus marginalisées, qu’ils rejettent actuellement, se sont battues. Donc à travers mes vidéos et mon spectacle je bouscule tout cela pour amener avec pédagogie et humour, des outils permettant à chacun de changer ses comportements pour ne plus exercer les systèmes d’oppression et de domination que la société nous inculque. Mais je sais que certaines personnes refuseront toujours de requestionner leurs propres privilèges… »

Parle-nous un peu de ton spectacle ?

« Il s’agit d’un seul en scène très clownesque qui requestionne la société et le patriarcat avec cynisme. C’est un peu un satire de la société dans laquelle le personnage raconte son parcours de l’enfance à aujourd’hui. Il y a des sujets lourds et graves qui sont traités avec humour dans un langage cash parfois trash, comme une volonté de faire réagir, mais il y a aussi beaucoup de sensibilité et souvent les gens sont très agréablement surpris par l’ascenseur émotionnel. C’est militant, instructif, drôle, cash et touchant. »

Le mot de la fin ?

« Coucouuuuuuuu ! »

 

Partager:
PUB
PUB