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Naked in the City

Depuis quelques temps, le naturisme sort de son pré-carré, de son entre-soi pour s’ouvrir à l’autre. Las d’une vision étriquée et vieillissante qui cantonnerait à se mettre à nu uniquement les beaux jours venus en pleine nature dans des lieux clos, une nouvelle génération de bénévoles fous doux, pleine d’idées investit la ville pour en faire le théâtre d’une nudité banalisée, naturelle et bienveillante.  Explorations.


Dans le numéro 4 de Strobo, vous rencontriez Jérémie Lapeyre, un agitateur de la nuit parisienne, co-producteur des soirées clubbing naturistes délicieusement baptisées « Beautiful Skin ». Il répondait à une interview du site Jock.life intitulée « Mixer nu, c’est dingue comme sensation » : « pour Beautiful Skin, on a réussi à installer la soirée au Klub (après une édition au Point Ephémère et une à l’International). La soirée devient bimensuelle à partir du 7 février 2020 ! C’est une collaboration avec le Collectif A222-32 et l’artiste Lou Lou Reloulou. Il s’agit du premier et pour l’instant seul clubbing 100% naturiste en France. On propose des performances, des expos, des photocalls, des stands de prévention, des flash tattoos. Ce n’est pas une sex-party et c’est complétement mixte ».

Ces soirées sont nées de l’envie de deux joyeux lurons naturistes et noctambules fêtards que sont Jérémie Lapeyre et son compagnon d’aventure Julien Claudé-Pénégry, de créer un event qui permet à tous de vivre un moment de fête où la nudité est l’unique dress-code, et la musique électro vous caresse le corps de good vibes enivrantes, le tout dans une safe zone. On y vient danser, s’amuser, vivre une expérience à chaque fois différente sans préjugés et étant nous. Un point, c’est tout. « On laisse le stress anxiogène d’une vie citadine qui file à 1000% à l’heure à la porte du club. On met nos vêtements dans un sac aux vestiaires et nos aprioris en profitant du plaisir de bouger au rythme des beats électro entièrement nus sans aucune retenue, dans une joie et une allégresse, saines et bienveillantes. On se libère tout simplement ! », précise Julien.

Liberté, égalité, mixité et nudité

A Beautiful Skin se retrouvent sans distinction bien entendu naturistes, clubbers en tous genres, créatures de la nuit, LGBTQI+ et hétéros, le tout en mixité et dans la plus grande tolérance. Le naturisme inclusif par essence trouve ici une belle expression. Votre peau comme seule tenue correcte exigée. Un espace où l’habit ne vous définit pas, ne vous étiquette pas socialement parlant, où le corps est roi, où les différences sont richesse, où les sexualités sont neutres. Car on ne se méprend pas, la nudité n’est pas sexuée ici. Elle est libératrice et pour éviter tout écueil d’interprétation malencontreuse, des affiches rappellent que tout comportement contraire aux valeurs naturistes et à caractère sexuel, entraine une sortie immédiate et définitive. Qui plus est, le consentement est aussi à l’ordre du jour. Ne pas oublier que la nudité n’est pas un consentement de fait. Pédagogiques, ces soirées sont une entrée délicate et ludique pour de nombreuses personnes tentées par le naturisme mais n’osant pas franchir le cap dans les lieux plus conventionnels. C’est pour cela que dans les jeux de lumières, l’audace prend le dessus, la timidité disparaît, la gêne s’évapore au profit d’un moment de légèreté. A la fois, politique et militant, Beautiful Skin s’inscrit dans un mouvement de libération et d’acceptation de la nudité et des corps.  Challenge pour certains, volonté de se divertir autrement pour d’autres, Beautiful Skin offre de par son ambiance, ses nombreux DJs, ses perfs artistiques plurielles, un rendez-vous unique en son genre qu’il vous faut absolument découvrir.

Un art de vivre

Dans le même temps, le naturisme urbain recompose le cliché baba cool de la famille nue dans sa cahute spartiate pour la période estivale. En alliant et conjuguant ses valeurs et sa pensée avec le quotidien des citadins que nous sommes, c’est un nouveau volet de la définition internationale du naturisme qui s’adapte à une frange de la population vivant en ville, désireuse de pouvoir prolonger sa « manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, et qui a pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement », différemment. Les urbains y saupoudrent donc depuis quelques temps, de nouveaux horizons. Finis les seuls week-ends et vacances, sous le soleil exclusivement, à la mer ou à la campagne pour se dénuder ; la ville donne aussi des alternatives pour vivre son naturisme. Autrement soit, mais avec toujours présent ce soupçon d’utopie et de fantaisie qui font que le naturisme a sans conteste une place légitime au cœur de la ville. Les nouveaux repères du naturisme moderne désarçonnent les plus anciens et les défenseurs d’un naturisme radical où seule la nature a le droit de citer.  Ouvert sur le monde, le naturisme urbain donne un autre visage à cet art de vivre qui aujourd’hui ose et s’autorise à faire évoluer les mentalités et les regards sur le corps nu.

Son humaNUté

Nus dans un musée comme l’expérience au Palais de Tokyo, c’est possible. Orchestré par l’Association des naturistes de Paris, cet évènement a permis à 161 personnes sur 30 000 demandes de visiter une exposition en tenue d’Adam et Eve. Le dynamisme et l’audace de l’ANP a fait ses preuves. Cette structure qui regroupe des centaines de naturistes urbains trois soirs par semaine pour aller nager nu dans un complexe sportif municipal dans le 12e arrondissement, a de la suite dans les idées. Diners dans des restaurants, randonnées, bowlings, concerts, yoga… le tout nu, c’est aussi possible ! Voilà ce qui sort de la caboche des joyeux organisateurs de cette organisation qui n’a de cesse d’inventer de nouveaux formats d’activités naturistes au cœur de la ville. « En invitant tout le monde à participer à ces moments, l’Association des naturistes de Paris est une porte d’entrée vers un naturisme nouvelle vague, un naturisme en phase avec son époque, avec la société et qui fait sens avec un besoin de rompre avec codes pour être soi, se ressourcer, vivre tout simplement » expliquent les responsables de la communication. Le théâtre en est aussi l’écho. Puisque sous l’impulsion de l’ANP, Le Palais des glaces a en janvier dernier ouvert ses portes à une soirée spectacle où plus de 300 naturistes sont venus assister à une représentation d’une comédie autour du naturisme intitulée « Nu et Approuvé ». Pièce qui fait son grand retour toujours dans le même lieu, en mars prochain. C’était là aussi une première. Autant pour les parisiens qui naturistes ou non, se sont prêtés au jeu de se dénuder pour prendre place dans la salle que pour cette mythique adresse. C’est encore possible ! Des initiatives privées se multiplient également. Les apéros Ju’ste Fabuleux, qui un dimanche par mois via les réseaux sociaux, proposent dans un appartement parisien en mode Tea Time de venir clôturer tout en douceur en mode tout nu, le week-end. On y retrouve des potes, on y déguste des mets home made, avant de repartir léger aux alentours de 23h. Là aussi, c’est possible !

Paris, capitale du naturisme urbain

Franchement, quoi de plus agréable que de se mettre à nu ! Enlever ses oripeaux, laisser tomber la chappe pesante de la société et de ses codes pour se sentir soi, humain, vivant, intègre. L’espace naturiste de Paris niché dans le Bois de Vincennes est le fruit de cette réflexion. Lorsque le Conseil de Paris a voté le vœu de la création d’un espace naturel où la nudité serait autorisée, Paris se mettait enfin au diapason des autres capitales européennes qui consacrent des zones où le naturisme est toléré. A l’instar de Tiergarten à Berlin ou des parcs municipaux du centre de Munich ; Paris, capitale du pays berceau du naturisme dans le monde, restait retissant à cette possibilité de donner une liberté somme toute banale, que celle de se mettre à nu, dans l’espace public. Le vote s’est matérialisé en un espace où la philosophie naturiste s’exprime sans répression, tant que les règles de savoir-vivre sont respectées. Sur 7300 m2 de clairière, d’avril à octobre, des centaines de naturistes, de touristes adeptes du sans maillot, viennent se détendre, prendre un bain de soleil, lire, partager un apéro entre amis ou en famille, participer à une séance de yoga ou de gymnastique dans le plus simple appareil.

Le naturisme calfeutré, la nudité honteuse n’a plus lieu d’être. En investissant le tissu urbain, en rencontrant une population en demande, en proposant des rendez-vous qui sortent de l’ordinaire, ludiques et décalés, les citadins découvrent, redécouvrent la beauté de vivre nu, d’évoluer nu, de profiter de son corps sans entrave, simplement et sereinement. Alors si l’envie vous en dit, laisser vous tenter par le naturisme urbain, il s’adapte, il ose, il vous entraîne dans un tourbillon de bien-être accessible à tou.te.s, où la nudité abat les tabous, apaise, rend heureux et met tout le monde à égalité. Tout nus nous n’avons plus rien à cacher, alors déshabillons nous et vivons !

 

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