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VIH, IST, se protéger

Franck Desbordes

En cette rentrée un peu spéciale, Sexosafe nous rappelle dans les 5 pages droites suivantes les différents outils de la prévention diversifié. L’occasion pour Strobo mag de faire un focus sur le sujet et détailler chacun des dispositifs. Parce que souvent, la question sur « la meilleure façon de se protéger » est posée, alors même qu’elle n’a pas de sens. Il n’existe pas de « meilleure façon de se protéger contre le VIH et les IST ». Il y a plusieurs outils disponibles et chacun doit utiliser celui qui lui convient le mieux ou ceux qui lui conviennent les mieux. Parce que, oui, on peut les cumuler ! En réalité, il FAUT les cumuler : la base, c’est le dépistage régulier, et ensuite chacun doit choisir le moyen de se protéger (ou les moyens donc). Strobo mag vous embarque donc pour quelques minutes de lecture dans un cocon douillet où l’on va tous s’inviter à prendre soin de nous, individuellement et collectivement.


Alors, commençons par la base :  Le Sexe Sans Risques (SSR), ça n’existe pas ! A part l’abstinence totale, il n’existe pas de moyen de se protéger à 100% sexuellement. Et si, dans les années 90-2000, le « mensonge » du SSR était aussi fortement porté, c’est juste parce qu’il était le seul langage possible à tenir : il fallait absolument protéger la santé de chacun et ralentir l’épidémie autant que possible avec le seul moyen de prévention disponible à l’époque : le préservatif, quitte à extrapoler un peu avec le vocabulaire.

Mais si le préservatif est utile pour la pénétration, peut-on résumer nos sexualités à cette seule pratique ? Nous nous embrassons, nous caressons, pratiquons la fellation sans préservatif, nous avons parfois plusieurs partenaires dans une même soirée, les sexualités dites « hard » autrefois se sont aujourd’hui fortement démocratisées, et les moyens de faire des rencontres (sites, web, applis mobiles, …) ont explosé. Notre champ sexuel s’est ainsi fortement élargi et logiquement, les occasions de croiser des IST aussi.

Alors aujourd’hui, on ne parle plus de SSR, heureusement. On est désormais plus pragmatique et l’on parle de réduire les risques de contracter le VIH et les IST en fonction et en total respect de la sexualité de chacun, y compris quand les gens n’utilisent pas le préservatif pour des raisons qui regardent leur intimité et leur construction personnelle, choses que personne n’a à juger. Il faut arrêter de stigmatiser tel ou tel pour ses pratiques et sa façon de se protéger, ou pas. Stigmatiser, c’est avouer publiquement sa bêtise et son incapacité à comprendre les choses et écouter.

Pour réduire les risques, la palette d’outils disponible est donc aujourd’hui très variée :

Le préservatif

Il reste, bien sûr, toujours en bonne place parmi tous les moyens de protection. Il est même le premier rempart contre les IST et le VIH. Il ne protège évidemment pas en toutes circonstances, comme dit plus haut, il ne protège que si l’on s’en sert et que si l’on s’en sert correctement, mais il reste l’outil le plus simple à utiliser et quoi qu’on en dise, le moins contraignant. En ce qui nous concerne, nous LGBT, nous avons en plus la chance de pouvoir en trouver assez facilement et gratuitement : les associations comme Aides, Enipse et tant d’autres vous fourniront des préservatifs avec grand plaisir. Si vous êtes un garçon qui fréquente les saunas et/ou les backrooms, la chose est encore plus simple puisque les préservatifs sont disponibles dans tous les établissements de France.

Mais pour certaines personnes, il n’est pas l’outil le plus adapté : dans le feu de l’action, ou avec un peu d’alcool après une fête bien arrosée, le préservatif peut être oublié, il peut aussi glisser voire se déchirer (voir le paragraphe sur le TPE) sans que les deux partenaires en aient conscience sur l’instant. Pour être totalement tranquille :

La PrEP

Elle est le moyen le plus sûr d’être très bien protégé contre le virus du sida (VIH), mais seulement contre le VIH. C’est la raison pour laquelle certains garçons prennent la PrEP et utilisent le préservatif simultanément. D’autres au contraire, se « libèrent » de la capote quand ils sont passés sous PrEP, ou adoptent la PrEP alors qu’ils ont fait le constat qu’ils ont envie d’abandonner le préservatif. Pas de jugements ou de préjugés : on le répète, ces questions-là sont des questions intimes !

La PrEP est un médicament préventif qui se prend soit quotidiennement, soit avant et après l’acte sexuel, c’est au choix. Mais la PrEP ne protège pas contre les IST et les hépatites, il faut donc se rendre tous les 3 mois dans un Cegidd ou un centre de santé sexuelle pour bénéficier de dépistages. C’est aussi l’occasion de faire un suivi médical, voire demander un entretien avec un psychologue ou un sexologue.

Pour certains, ces rendez-vous trimestriels obligatoires sont une chance, un temps qui permet à chacun de prendre soin de soi. Pour d’autres, il s’agit d’une contrainte, mais ces rendez-vous sont obligatoires et nécessaires. Ainsi, la liberté gagnée d’un côté est contrebalancée par cette pseudo-contrainte.

Le TasP

Ce vilain acronyme issu de l’anglais « Treatment as Prevention » (traduction : le traitement comme moyen de prévention) signifie que les personnes séropositives ne peuvent pas transmettre le VIH dès lors que leur charge virale est indétectable, ce qui est très majoritairement le cas avec les thérapies actuelles. Si bien qu’en se protégeant elle-même, la personne protège aussi son ou ses partenaires. Y compris si la personne séropositive n’utilise pas ou pas tout le temps un préservatif.

Ce sujet est encore assez tabou notamment chez les gays, il s’agit pourtant d’une réalité scientifique vérifiée et indiscutable. Au fil des ans, les informations sur le TasP sont assimilées et les comportements de rejets vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH diminuent, heureusement ! Si vous êtes victime de rejet du fait de votre statut sérologique, prenez de la distance avec les gens malsains et les dinosaures qui n’ont toujours pas compris pourquoi leur minitel ne fonctionnent plus. Fuyez les idiots et les gens méchants, vous n’avez pas à subir leur frustration et leur jalousie, vous méritez mieux !

Le dépistage répété du VIH et des IST

Bien sûr, il ne s’agit pas là d’un moyen de prévention à proprement parler mais d’un moyen de savoir, et le cas échéant, de bénéficier au plus vite d’un traitement adapté. Si vous avez plus de 3 partenaires par mois, le dépistage, c’est tous les 3 mois ! Et au moindre doute ou symptôme évidemment. Usez-en autant que vous le jugez nécessaire, personne ne vous disputera pour cela.

Si vous résultats révèlent une IST, jouer les drama-queens ne la fera pas fuir ! (on a essayé ça n’a pas marché). Une IST ce n’est pas drôle, d’accord, mais ce n’est pas la fin du monde… on dédramatise ! Mieux même, on appelle ses partenaires récents si on a les contacts, afin de les informer et leur proposer qu’ils se fassent dépister à leur tour. Ceci afin de tous se retrouver plus tard dans la joie et la bonne humeur, pour un verre ou un peu plus …

Si hélas vos résultats révèlent une séropositivité au VIH, la nouvelle n’est pas bonne, évidemment. Mais il faut là aussi relativiser un peu : dites-vous qu’avec les thérapies actuelles (et celles disponibles dans un avenir proche), vous vivrez quasiment le plus normalement du monde, sans les énormes effets secondaires provoquées par les anciennes thérapies, on a changé d’époque. Vous serez rapidement indétectable et donc sous TasP.

Écrire sur ce ton dédramatisant à propos d’une mauvaise nouvelle peut surprendre, mais d’une part, les progrès de la science ont été et sont encore énormes, et permettent de mener une vie normale ; mais surtout, il faut arrêter avec cette dramatisation excessive qui fait peur et éloigne les gens du dépistage. Si vous-même ou des potes êtes hésitants, si vous avez peur, rapprochez-vous d’une association comme Aides ou Enipse pour en parler, ou appelez Sida Info Service au 0800 840 800 (l’appel est anonyme et gratuit).

Le TPE

Le Traitement Post-Exposition est un traitement que l’on prend après (post) avoir été potentiellement exposé au virus. En clair, en cas d’accident de capote ou d’oubli, on file aux urgences dans les 48 heures maxi (mais le plus tôt c’est le mieux) afin de bénéficier d’une thérapie contre le VIH.

Les vaccins

Enfin, dans la communauté LGBT, si vous sortez dans les bars et/ou dans les lieux de rencontres sexuelles, vous pouvez être exposés à un tas d’autres maladies pour lesquelles il existe aujourd’hui des vaccins : pour les hépatites A et B, les condylomes (Gardasil 9), le méningocoque C par exemple. Parlez-en à votre médecin ou téléphonez à Sida Info Service.

Bonne rentrée !

Vous savez maintenant tout ou presque pour être protégé au mieux, vous avez les cartes en main. Appropriez-vous les outils qui vous vont le mieux dans cette palette pour rester en bonne santé. Bonne rentrée ! (sans jeu de mot).

Plus d’informations sur la prévention et plus largement sur la vie gay : Sexosafe, Enipse, Aides, www.sida-info-service.org.

 

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