Personn’Ailes, créée en 2001, est la première association LGBTI et gay friendly d’une compagnie aérienne française. C’est une association type Loi 1901, sans couleur politique ni syndicale, qui inclut les filiales du groupe Air France comme la compagnie Transavia.
Air France engagée
A l’origine de la création de l’association, une volonté très nette de faire de la prévention Sida. L’entreprise y fut d’emblée réceptive et la mise en place de divers dispositifs s’est vite pérennisée. Beaucoup de partenariats se sont créés et des évènements comme la journée de 1er décembre ou les marches des fiertés sont aujourd’hui des incontournables pour l’asso, qu’Air France ne manque pas d’accompagner. Ainsi, cette dernière sanctionne de manière systématique les auteurs de faits liés à des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle d’un ou d’une collègue au sein de l’entreprise et au niveau pénal suivant la gravité de l’acte. Air France et Personn’Ailes sont aussi intimement liées à l’Autre Cercle qui propose le premier guide sur les bonnes pratiques concernant la transidentité pour les DRH et les managers dans les entreprises. De nombreuses entreprises ont déjà signé la charte d’engagement LGBT de l’Autre Cercle. Cette charte engage les entreprises pour que les personnes LGBT puissent vivre comme elles le souhaitent et de manière visible. Air France est signataire et va même régulièrement plus loin dans son soutien aux causes LGBTI. Ainsi, à l’occasion de la marche des fiertés de juin 2018, la compagnie a affiché son logo aux couleurs arc-en-ciel.
Cette initiative du service marketing a ravi toute l’équipe et les adhérents de Personn’Ailes. Le 11 octobre 2018, ce fut la signature de la convention de mécénat entre l’association et le service Diversité ressources humaines pour la DRH d’Air France. Enfin, autre et dernier exemple d’engagement fort de la compagnie, Air France a proposé deux vols aux couleurs arc-en-ciel en juin 2019 à l’occasion de la marche des fiertés à Paris et de la Gay Pride à San Francisco. Les passagers ont pu acheter à bord des avions des objets dont les bénéfices ont été offerts à l’association Le Refuge qui accompagne et héberge les jeunes gays, lesbiennes et personnes transidentitaires rejetées par leurs familles. L’organisation de cet évènement est à l’initiative de salariés d’Air France qui soutiennent aussi Personn’Ailes, l’association LGBT et Gay Friendly d’Air France : un bel exemple à suivre de cohésion d’ensemble du personnel. Cet événement sera très certainement reconduit cette année avec encore plus de vols concernés.
Les autres actions de Personn’Ailes
Personn’Ailes propose également pour ses membres un autre volet plus léger mais non moins important qui est celui de la convivialité. Par exemple, les filles de Personn’Ailes profitent des soirées apéro art, événements autour desquels on rencontre des artistes et admire des œuvres dans une ambiance conviviale et dans un lieu insolite. L’association propose aussi des soirées mixtes LGBT et Gay Friendly au Who’s Bar, de grands pique-niques à Paris, des répétitions des chorégraphies présentées sur le char de Personn’Ailes à la Marche des Fiertés… Depuis plus de 19 ans l’association a fait progresser l’acceptation de la diversité des orientations sexuelles et d’identité de genre au sein de la compagnie et de ses filiales. Ce qui fait la force de l’association Personn’Ailes, c’est la diversité de ses centaines d’adhérents qui sont des femmes, des hommes, des hétérosexuels, des bisexuels ou homosexuels, pères ou mères de famille. On y trouve des jeunes salariés comme des retraités. Tous les grades de l’entreprise y sont représentés. Cette diversité a par exemple donné lieu en 2018 à une grande exposition de portraits de personnels LGBTI au siège d’Air France.
Le 17 mai dernier, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, Air France a organisé des tables rondes sur la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et la transidentité. La direction générale d’Air France a signé la charte d’engagement LGBT de l’Autre Cercle devant plus d’une centaine de salariés. Le 1er décembre, pour la journée mondiale de lutte contre le Sida, l’association organise également de très nombreuses manifestations dans tous les secteurs du groupe. Enfin, vous la retrouverez bien sûr sur de nombreux salons des associations et, évidemment, à la marche des fiertés.
Comment soutenir l’association ?
Que vous soyez un agent d’Air France, d’une filiale, d’une autre compagnie aérienne ou externe au milieu aérien, vous êtes les bienvenus pour rejoindre les 300 membres actuels. Par la cotisation annuelle, c’est un soutien de poids qui est offert pour financer des évènements comme la journée mondiale contre l’homophobie, la marche des fiertés, le printemps des associations, la journée mondiale du sida… En outre, plus les adhérents seront nombreux, plus l’association aura de poids dans ses actions.
Il est également possible, pour soutenir Personn’Ailes, de faire un don ou de devenir bénévole, de façon ponctuelle sur quelques événements ou de manière plus engagée.
INTERVIEW
Sébastien Corolleur est le fondateur de Personn’Ailes. Aujourd’hui, il est son président et nous l’avons rencontré pour aller un peu plus loin.
Pourquoi avoir fondé cette association ?
Il y a 19 ans, lorsque j’ai fondé Personn’Ailes chez Air France, il n’y avait pas grand-chose. A l’origine, c’était surtout par rapport à la prévention du SIDA car il n’y avait rien, les personnels n’avaient pas ou peu conscience du risque, on n’en parlait pas. J’étais stewart, gay, et il est vite devenu évident que quand on faisait des escales à Rio et qu’on passait la soirée dans les bars et la nuit ailleurs il y avait de gros risques… Il n’y avait pas tellement de discriminations chez les personnels navigants, un peu plus chez les personnels au sol, mais très vite les autres combats LGBTI et les droits de ces personnes en entreprise se sont imposés comme second cheval de bataille de l’association d’autant plus qu’au même moment, Andréa commençait sa transition et Air France a été confrontée à cela et a dû opérer une mutation complète.
Qui est Andréa ?
Andréa est la 1ère hôtesse trans d’Air France. Elle a mené son parcours seule quand rien n’existait, elle s’est battue pour se faire accepter, obtenir son changement d’identité, changer son badge, avoir une tenue féminine… Elle a énormément participé à la mutation de la compagnie et aujourd’hui sur ce sujet la politique générale de l’entreprise facilite grandement l’inclusion. Il y a actuellement 7 personnes en transition chez Air France et cela se passe très bien.
Quels sont les changements depuis 19 ans ?
La Direction de la Diversité a été créée il y a 5 ans avec une politique inclusive pour ses collaborateurs, pour valoriser les agents d’Air France et les laisser vivre heureuses et heureux dans leur uniforme. Il y a un vrai intérêt à ce que tout le monde soit bien pour la productivité de l’entreprise et il faut être représentatif de tous les clients qui voyagent les lignes de la compagnie. Les personnels sont accompagnés dans la diversité. Un plan d’action est en place pour mesurer les avancées, les résultats, et des relais sont présents partout dans le groupe et pas que chez le personnel naviguant ! Il faut libérer la parole, faire prendre conscience aux managers que les sujets LGBTI sont très importants pour tous.
Que fait Personn’Ailes aujourd’hui ?
L’association permet avant tout de parler et d’accompagner les personnels. Par exemple, nous pouvons aider à mettre en place des horaires aménagés pour les personnes atteintes par le VIH… Nous sommes très attentifs et la direction sanctionne automatiquement les discriminations. Personn’Ailes complète les personnels relais et responsables RH dans ces missions. Nous avons une grande proximité avec le personnel car nous avons une bonne connaissance des problématiques. Notre association est une grande sœur, une oreille, une épaule quand on a des difficultés à parler. On écoute avant les relais diversité ou les associations partenaires mais on conserve aussi les buts fondamentaux : le sida reste d’actualité et le personnel se forme aux nouveautés comme la PreP. On relaye les nouvelles informations en partenariat avec d’autres associations locales.
On refait de la prévention pour les jeunes qui arrivent sur les longs courriers à chaque recrutement, on investit les dates de visibilité pour pouvoir parler car l’invisibilisation dans le travail est une vraie cause de souffrance. Au travail, quand il y a de bonnes volontés comme chez Air France, on est parfois moins discriminés qu’à la maison quand on s’invente une vie pour cacher son orientation sexuelle à sa famille… Et il faudrait que plus d’entreprises avancent dans ce sens !
Cette année, nous avions envisagé d’organiser une table ronde sur la transidentité et de montrer des vidéos de personnels qui suivent la transidentité de leurs enfants, et de personnes qui sont concernées par la transidentité au travail. Mais à cause de la crise sanitaire, à part le Rainbow Challenge, nos actions n’ont pas pu se tenir. Nous attendons des jours meilleurs.
Pink Washing ?
Pas du tout ! On nous le reproche parfois, mais nous étions dans les premières associations à offrir une visibilité à la diversité ! Les grands groupes ont compris le réel intérêt humain et économique à s’investir dans les causes LGBTI. Personnellement, je suis un associatif né et en plus de mon rôle chez Personn’Ailes, je suis responsable de la délégation travail de l’Inter-LGBT. Nous allons entreprendre un travail énorme mais passionnant pour mettre en place chez les petites entreprises des associations comme Personn’Ailes chez Air France. Je travaille aussi avec l’Autre Cercle. Je voudrais pouvoir réaliser un kit pour permettre à tous de monter une association LGBTI en entreprise. Nous allons aussi mettre en avant les problématiques que rencontrent les travailleurs et travailleuses du sexe, que ce soit face aux services de police, aux services administratifs, ou au quotidien. Je suis un idéaliste bisounours, je veux parfois tout changer. Je me suis aussi engagé pour la maladie de Charcot, je milite pour le droit à la mort dans la dignité, je suis engagé en politique aux élections municipales dans mon village... Je n’aime pas râler tout seul dans mon coin, la solution c’est l’action et on a de la chance de pouvoir donner un corps à des idées grâce aux associations et à la liberté d’expression ! Il faut donc partout mettre en place des plans d’action ambitieux mais réalistes, des objectifs louables mais raisonnables, sincères et dans beaucoup d’entreprises !