Un demi-siècle d’homosexualité en 45 chansons réunies sur une double compilation Marianne Mélodie, en partenariat avec la Fondation Le Refuge.
Naissance du projet
Depuis 20 ans, je réalise des projets CD pour Marianne Mélodie (intégrales Annie Cordy, Line Renaud, Régine) et je participe aux projets des majors autour du patrimoine de la chanson française (intégrales Edith Piaf, Charles Trenet, Gilbert Bécaud, Guy Béart).
Etant moi-même homo, j’avais envie depuis longtemps de réaliser une compilation réunissant les chansons françaises abordant le thème de l’homosexualité, féminine ou masculine, qu’elles soient emblématiques ou méconnues.
Le concept d’un album de titres forts parlant d’homosexualité n’existait pas et, comme personne ne semblait vouloir le faire ou y croire, j’ai décidé de me lancer.
Grâce au concours d’Universal Music qui a accepté de nous aider, et avec l’appui de mon camarade Marc Grillet, ce projet voit le jour chez Marianne Mélodie et j’en suis très heureux.
La double compilation « Comme ils disent » est la première à réunir autant de succès incontournables sur cette thématique, des années 60 à nos jours. »
Partenariat avec la Fondation Le Refuge
L’équipe de Marianne Mélodie, son directeur Stéphane Gonnon et moi-même, avons souhaité nous associer avec la Fondation Le Refuge, reconnue d’Utilité Publique, parce que nous sommes très sensibles à leurs diverses actions, notamment pour les jeunes qui ont de grandes difficultés en milieu familial. Bien entendu, chaque association LGBT existante a son importance, son intérêt et œuvre pour la cause LGBT.
Nous avons sollicité Le Refuge. Le contact a été tout de suite très chaleureux et un partenariat s’est immédiatement mis en place, parce que notre projet CD leur a plu. Tout s’est fait simplement, naturellement, et nous sommes fiers de notre engagement envers eux, tout comme nous apprécions grandement la participation de Muriel Robin, marraine de la Fondation, avec qui nous avons réalisé un teaser pour tous les réseaux sociaux.
Avec le double CD “Comme ils disent”, le label Marianne Mélodie atteste de son engagement de lutte contre les discriminations homophobes et s’engage à reverser 1 euro à la Fondation Le Refuge, qui a pour objet de prévenir l’isolement et le suicide des jeunes victimes de LGBT-phobies, et en situation de rupture familiale.
Nous avions cette volonté que le double CD présente une dimension humaine, car j’ai souffert en tant qu’homosexuel et d’autres souffrent toujours de leur orientation sexuelle. »
Contenu du double CD
Il y a 45 titres dans la compilation et j’ai reçu 95 % d’accords pour 5 % de refus, ce qui prouve aussi le changement de mentalité des gens par rapport à la question de l’homosexualité : outre les artistes, les ayants droit ou gens des labels ont tous répondu présents, à commencer par la famille Aznavour qui nous a immédiatement permis d’utiliser le titre de la chanson “Comme ils disent” comme titre générique de notre compilation. C’est à partir de ce moment-là que j’ai vraiment cru à la faisabilité du projet.
C’est un crève-cœur de devoir choisir un nombre précis de titres et d’en laisser de côté par manque de place. Mais je pense que l’essentiel est bien là. Depuis les perles de la caricature des années 60 aux textes très engagés des années 70-80-90 qui annoncent une nouvelle ère dans la perception de l’homosexualité, tout comme les chansons émouvantes et profondes traitant du secret, de l’aveu, du coming-out, du mariage pour tous ou encore d’homoparentalité. Je suis gay, militant, défenseur d’une cause mais aussi historien de la chanson française. Avec cette compilation, je pars au combat avec des titres forts, percutants, qui vont du rire aux larmes. Je n’avais ni envie d’une compilation consensuelle qui plaise à tout le monde, ni d’un rassemblement de chansons de souffrance, de solitude ou de mal-être. J’ai voulu un mélange coloré, à l’image du drapeau qui nous représente.
Un voyage dans le temps pour comprendre l’évolution du combat
Une bonne compilation selon moi, c’est l’absence de cloisonnement. Les styles et les générations qui se mélangent, j’adore. La chanson française est une belle et grande famille et chaque chanson - à défaut de changer le monde - est un outil essentiel pour baliser, pierre par pierre, les chemins escarpés de la tolérance.
Plusieurs homosexualités représentées au travers des 45 titres
Au-delà du voyage dans le temps que procure cette compilation, sur le thème de l’homosexualité dans la variété française, ce sont plusieurs facettes de l’homosexualité qui sont représentées : les femmes, les hommes, l’enfance, le bonheur, la souffrance, l’acceptation, le regard des autres sur la question, la dérision mais aussi la maladie et la mort. J’ai aussi voulu évoquer la bisexualité, avec quelques titres qui sont dans le même état d’esprit de tolérance, d’acceptation de l’autre, de droit à la différence et à la liberté.
Un vivier de chansons colorées, anciennes ou récentes, à redécouvrir
l est primordial de balayer les décennies chronologiquement pour montrerl'évolution incontestable des choses, des gens, des mentalités ; rappeler à chacun d’où on est parti hier (caricature, sujet tabou) et où on est arrivé aujourd’hui (poétisation, normalisation).
Les chansons des années 60, exemples de la perception de l’homosexualité que l’on pouvait avoir à ce moment-là, sont des outils essentiels pour évoquer aux jeunes d’aujourd’hui, ce qui les a précédés. Autre époque égal autre contexte donc remettons les chansons dans leur contexte. Chaque chanson est un miroir de la société de l’époque, un témoignage de notre histoire contemporaine. D’où la présence de quelques chansons comiques qui ont ici leur place, car la caricature ne signifie pas l’homophobie. Les années 60, c’est une génération qui n’était pas encore prête pour porter l’homosexualité dans la chanson française, par contre on commençait à lui donner une place par l’humour. J’ai voulu donner une place à cet humour décalé car « Comme ils disent », c’est aussi cela : des filles et des garçons qui aiment rire, sourire, qui pratiquent l’humour et la dérision. Si nous prônons la tolérance, je pense qu’il faut aussi l’appliquer à nous mêmes, montrer notre ouverture d’esprit et notre sens inné de l’autodérision. En disant cela, je pense irrémédiablement à « La Cage aux folles » qui, depuis 1973, a fait son chemin, que ce soit au théâtre ou au cinéma. Décriée hier par quelques bien-pensants de l’époque, cette pièce est aujourd’hui culte (reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin entre 2009 et 2011 par Christian Clavier et Didier Bourdon). Quant au film, il est toujours régulièrement diffusé à la télévision, au même titre que « Chouchou », un travesti maghrébin qui a su séduire quatre millions de Français, grâce à sa légèreté et, encore une fois, grâce à l’humour. Qu’on le veuille ou non, l’Histoire est plus forte que les quand-dira-t-on. »
Une communauté en perpétuel combat sur ses droits
Le combat est loin d’être gagné mais en prouvant avec des chansons à l’appui l’évolution de celui-ci depuis les années 70, on est dans une vraie direction d’engagement, de lutte continuelle avec, au bout, de l’espoir, si l’on en juge par les chansons d’aujourd’hui.
En 1972, la chanson de Charles Aznavour a vraiment marqué un tournant : on a entendu le mot «homo» pour la première fois dans une chanson. Finies les frivolités, les moqueries, les allusions. Le sujet est grave, les homos existent, ils souffrent de l’indifférence et veulent affirmer leur différence. Les artistes et auteurs post 1968 se positionnent, l’heure est au militantisme, quelle que soit leur orientation sexuelle, des chanteurs hétéros ou homos décident de standardiser la chose. Ce tournant s’opère en même temps que la naissance du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, mouvement parisien et autonome fondé en 1971, lequel donne une visibilité nouvelle au combat gay et lesbien. S’ensuivent les années disco avec des artistes androgynes qui ont vraiment fait avancer les mentalités, comme David Bowie, Iggy Pop, Klaus Nomi, Patrick Juvet. Mais l’épidémie du VIH dès 1983 va stopper net cette euphorie ambiante.
Une éclosion de jeunes talents plus que réjouissante
Les années 2000 coïncident avec une relative normalisation/banalisation de l’homosexualité, la chanson gay foisonne avec des artistes soit ouvertement LGBT soit gay-friendly, preuve de l’évolution des mentalités et de la façon d’en parler qui transparait dans les textes. Le succès de certaines chansons montre qu’une partie de la société est prête à entendre et à soutenir la cause homosexuelle. Les nouveaux jeunes artistes qui, aujourd’hui, révèlent des vérités et témoignent de leur différence deviendront, demain, les plus célèbres de leur génération.