De mémoire, la communauté LGBTQ+ n’a jamais autant focalisé l’attention des médias dans le domaine sportif, a fortiori au sein de la plus grande compétition multisports au monde. Retour sur une année riche en évènements et en anecdotes…
La Hongrie dans le viseur…
L’affaire avait fait grand bruit en juin dernier. Le maire social-démocrate de Munich projetait d’illuminer le stade de football aux couleurs du rainbow-flag, à l’occasion du match de football de l’Euro entre l’Allemagne et la Hongrie, afin de protester contre une loi LGBTQI votée en Hongrie. La mairie de Munich avait également annoncé que plusieurs autres bâtiments de la ville se pareraient de couleurs arc-en-ciel… La Hongrie, dirigée par le Premier ministre souverainiste Viktor Orban, avait en effet voté plusieurs amendements pour interdire «la promotion» de l’homosexualité auprès des personnes mineurs. Pour «protéger les droits des enfants», les nouveaux textes de loi interdisent «la représentation et la promotion d’une identité de genre différente du sexe à la naissance, du changement de sexe et de l’homosexualité». Le ministre hongrois des Affaires Etrangères Peter Szijjarto a précisé avec un cynisme effarant que la loi ne vise «aucune communauté en Hongrie mais seulement les pédophiles». Une formule qui a choqué le monde entier ! Rapidement, de nombreux sportifs se sont élevés contre cette loi discriminatrice. Ainsi, lors du grand prix de Formule 1 en Hongrie, le pilote allemand Sebastian Vettel a refusé de retirer son polo rainbow où l’on pouvait lire les mots « Same Love ». De même, son collègue britannique Lewis Hamilton s’est élevé contre cette loi dans la presse, et n’a pas mâché ses mots, la jugeant inacceptable.
Hélas, L’UEFA, l’instance organisatrice de l’Euro de football, a pourtant refusé le projet d’illumination du stade pour le match Allemagne-Hongrie. «De par ses statuts, l’UEFA est une organisation politiquement et religieusement neutre», explique la confédération européenne du football pour justifier sa décision. Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, s’exprime dans le quotidien allemand Die Welt : « Nous ne voulons pas être utilisés dans des actions populistes. En raison de la popularité du football, les gens essaient trop souvent d’abuser des associations sportives à leurs propres fins ». Plus tard, L’UEFA a ajouté un arc-en-ciel à son logo sur son compte Twitter et réaffirmé son «engagement ferme» contre l’homophobie. Une bien mince consolation… Et un acte somme toute timide…
La Fédération allemande de football avait bien donné son accord pour que le stade de Munich soit illuminé aux couleurs arc-en-ciel pendant l’Euro de football mais pas forcément le jour du match contre la Hongrie. Le capitaine de la Mannschaft Manuel Neuer porte d’ailleurs un brassard arc-en-ciel, en guise de soutien, avec l’accord total de l’UEFA.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est déclarée fort préoccupée avant l’entrée en vigueur d’une loi qui discrimine les personnes sur la base de leur orientation sexuelle» en qualifiant le texte de «honte». De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel trouve que « cette loi est mauvaise » et « incompatible avec mon idée de la politique » a-t-elle dit devant la Chambre des députés allemands. L’Élysée a également indiqué «regretter profondément» le refus de l’UEFA d’autoriser l’illumination du stade de Munich.
Dans une déclaration commune, quatorze États membres – Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, France, Allemagne, Danemark, Estonie, Lituanie, Lettonie, Irlande, Lettonie, Espagne, Suède et Italie — ont exprimé leur profonde inquiétude face aux nouvelles dispositions hongroises.
Les Jeux Olympiques à l’honneur
Bien évidemment, il y a tout de même de quoi se réjouir avec les Jeux Olympiques de Tokyo. Outre la photo qui a fait le tour du monde du sublime plongeur Tom Daley tricotant gentiment aux abords de la piscine, on ne peut que saluer le duo de médailles d’or obtenues par le beau Tom et son compatriote Matty Lee en plongeon synchronisé. Après deux médailles de bronze à Londres et à Rio, Tom Daley a enfin touché l’or olympique et ce, au nez et à la barbe des Chinois donnés grands favoris.
Selon les statistiques du site spécialisé Outsports, les Jeux olympiques de Tokyo ont réuni pas moins de 180 athlètes gays, lesbiennes, bisexuels, transgenres, homosexuels ou non binaires. Autant dire que la visibilité n’a jamais été aussi flagrante ! Ainsi, la tireuse polonaise Aleksandra JarmoliÅ„ska a assisté à la cérémonie d’ouverture avec un masque aux couleurs arc-en-ciel tout en se prononçant pour l’égalité des droits, ou encore la présence fort remarquée de la première sportive trans, la néo-zélandaise Laurel Hubbard qui officie en haltérophilie. Première athlète sud-coréenne à s’emparer de trois médailles d’or aux J.O, l’archère An San a été la victime d’une véritable campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux ; les « haters » de tous poils jugeant sa coupe de cheveux « trop courte ». Elle a toutefois pu compter sur le soutien du président sud-coréen Moon Jae-in.
Des coming-outs en série
Ce fut aussi l’année d’une véritable libération de la parole dans un milieu jugé machiste et homophobe. Ainsi de nombreux sportifs ont révélé leur homosexualité sur les réseaux sociaux et dans les médias.
Ainsi le rugbyman Jéremy Clamy-Edroux (qui évolue à Rouen) a fait son coming-out à la télévision dans le documentaire diffusé par Canal + « Faut qu’on parle » avant même de l’annoncer à son père qui… l’a découvert devant son écran ! En larmes, le joueur a expliqué avoir non seulement reçu le soutien total de son papa mais aussi de l’intégralité du Top 14. Dans ce documentaire d’importance, le nageur Jérémy Stravius, le patineur Kevin Aymoz, l’escrimeuse Astrid Guyart, la judoka Amandine Buchard et la basketteuse Céline Dumerc se sont exprimés fièrement, sans fausse pudeur et la fierté vissée au cœur.
De même, le joueur de football américain Carl Nassib, ailier défensif des Raiders, est le premier joueur professionnel en activité à revendiquer son homosexualité publiquement en 2021.
Les mentalités évoluent, certaines lignes de flottaison bougent enfin même si cela demeurera peut-être encore bien léger pour certains… Le bout du tunnel n’est peut-être pas si loin sur le terrain… et ailleurs…