Après trois années d’un schéma trop restrictif, la PrEP, un traitement qui pris en continu ou à la demande, évite l’infection par le virus du HIV, va enfin pouvoir se déployer massivement en France. En effet, depuis le 1er juin 2021, suivant l’annonce du Ministre de la Santé et les recommandations de la Haute Autorité de la Santé (HAS), cette méthode préventive révolutionnaire qui a largement fait les preuves de son efficacité, pourra être prescrite par les médecins de ville à tout HSH (les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes) exposés au VIH, pour qui le préservatif n’est pas toujours un réflexe, et qui en font la demande après un dialogue constructif avec le médecin. Une excellente nouvelle car cette nouvelle facilité d’accès permettra d’augmenter le nombre de patients sous PrEP, avec pour objectif d’inverser la courbe des contaminations au VIH.
La PrEP, ça marche !
Depuis le 31 décembre 2018, l’autorisation de mise sur le marché et de prescription de la PrEP (pour prophylaxie pré-exposition) a été une petite révolution dans la prévention du virus du VIH. Constituée de deux antirétroviraux (l’emtricibatine et le fumarate de ténofovir disopropopil), et commercialisé sous le nom Truvada (ainsi que ses génériques), avec la possibilité d’être administré de deux façons (quotidiennement ou en discontinu), ce médicament délivré sur ordonnance, initialement utilisé pour les personnes vivant avec le VIH, permet de réduire drastiquement les risques de contamination au VIH lors de rapports sexuels non protégés. Face aux septiques, l’efficacité de la PrEP n’est désormais plus à prouver : ANRS Prévenir, une étude menée pendant trois ans sur 3000 patients révèle une efficacité de presque 100% et une excellente tolérance (soit une quasi absence d’effets secondaires) avec seulement six infections à VIH à déplorer et toutes dues à un mauvais suivi du traitement.
La PrEP, pour tous !
Disponible auparavant uniquement dans les centres gratuits de dépistage et de diagnostic (les CeGIDD), les hôpitaux ou les centres de santé communautaires, et prescrite par un médecin hospitalier travaillant dans un service d’infectiologie, la PrEP peut depuis le 1er juin être initiée et renouvelée par tous les médecins de ville (que ce soit le médecin traitant ou non). Suivant les recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé) d’avril 2021, la prescription initiale de la PrEP et son renouvellement par un médecin de ville a été officialisée le Ministre de la Santé Olivier Véran le 28 mai 2021 pour une application effective à partir du 1er Juin. Une avancée dans la prévention par la PrEP dont les conditions d’accès ont été assouplies et qui permettra d’atteindre plus facilement les personnes les plus exposées au VIH et de ne pas retarder une prescription de PrEP lorsqu’elle est indiquée ou conseillée. La PrEP est ainsi particulièrement recommandée chez les HSH séronégatifs (hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes) avec une vie sexuelle active ou plus calme, et chez qui l’usage du préservatif n’est pas forcément un réflexe ou qui ont abandonné la capote.
La prescription et le renouvel-lement de la PrEP chez les médecins de ville - et toujours dans les centres gratuits de dépistage et de diagnostic (les CeGIDD) et les hôpitaux - va favoriser et aider à la prescription de la PrEP et son élargissement auprès des personnes les plus exposées au VIH. Cette mesure s’inscrit dans une simplification de l’initiation et du suivi de la PrEP qui pourra être prescrite dès la première consultation si les résultats biologiques sont disponibles et les schémas d’administration clarifiés (en continu ou la demande). La HAS rappelle que « les indications de la PrEP ne doivent pas être utilisées comme des critères de sélection mais servent à guider la discussion avec le patient et l’aider. » Il est donc important de discuter sur les bénéfices de la prise de PrEP avec votre médecin, et ce afin de prendre la bonne décision pour votre prévention.
En fonction de l’activité sexuelle soutenue ou plus calme, de l’usage du préservatif systématique ou épisodique, de votre caractère spontané ou prévoyant, il existe deux schémas de PrEP : en continu ou à la demande. Il est ainsi possible de prendre la PrEP quotidiennement (soit un comprimé une fois par jour) pour une protection permanente, soit de manière discontinue en fonction de son activité sexuelle. Le schéma opérationnel de la PrEP à la demande est de deux comprimés de Truvada (ou son générique) entre deux heures et 24 heures avant le rapport sexuel, puis un comprimé à prendre 24 heures (+/- deux heures) après la première prise et un troisième comprimé à prendre 24 (+/- 2 heures) après la deuxième prise. Si vous continuer à avoir des rapports sexuels au-delà des 24 heures après la première prise, il convient de prendre un comprimé par jour. Après une période de PrEP de moins de 7 jours il n’est pas nécessaire de prendre deux comprimés, un seul suffit (mais il faut par contre toujours attendre deux heures avant le rapport sexuel). Par contre au-delà de 7 jours sans PrEP, il est nécessaire de reprendre deux comprimés lors de la première prise. Il ne faut surtout pas oublier que pour arrêter un schéma de prise à la demande, il faut toujours deux prises (un comprimé à chaque prise) espacées de 24 heures chacune après le dernier rapport sexuel.
Quelle que soit la fréquence de vos rapports sexuels (de régulière à épisodique), la PrEP et son efficacité proche de 100% contre la transmission du virus du VIH est l’assurance d’une sexualité plus libre et sereine. De plus, le renouvellement de la PrEP tous les trois mois nécessite un suivi médical pour s’assurer que les molécules sont bien tolérées ainsi qu’un bilan pour tester le VIH et les autres IST (infections sexuellement transmissibles) comme la syphilis, les hépatites B et C, la gonorrhée et les chlamydias. Toutes infections qui, dépistées à temps, permettent d’être soignées rapidement, d’éviter ainsi leur propagation et de responsabiliser sa sexualité. Bonus, il n’existe pas d’interactions connues de la PrEP avec l’alcool, les poppers, les drogues récréatives et la plupart des antidépresseurs, tout comme la PrEP n’a aucune action sur la libido ou la performance sexuelle. Il est recommandé par contre de ne pas utiliser d’autres médicaments toxiques pour les reins et de ne pas prendre de manière prolongée des anti-inflammatoires non-stéroïdiens utilisés pour la douleur (comme l’Ibuprofène, l’Advil, le Profénid, le Voltarène…)
Avec la PrEP, tu n'as rien à débourser !
Qu’il s’agisse de l’initier ou de la renouveler, qu’elle soit prescrite à dans les centres gratuits de dépistage et de diagnostic (les CeGIDD), les hôpitaux, les centres de santé communautaires ou les médecins de ville (depuis le 1er juin 2021) la PrEP est entièrement prise en charge à 100% par la Sécurité Sociale (en gros, il suffit de présenter sa carte Vitale pour ne rien avoir à débourser).
Quand on est un homme qui a des rapports avec d’autres hommes (que l’on se définisse comme gay, bi, hétéro, non binaire, transboy ou qu’on refuse les étiquettes), de manière épisodique ou répétée, et que le préservatif comme mode de protection n’est pas toujours un réflexe, se questionner sur le mode de prévention à adopter vis-à-vis du VIH est essentiel. Pour tous ceux qui hésitent et se demandent si la PrEP est le moyen de prévention qui leur conviendrait le mieux, la meilleure démarche consiste à se renseigner auprès des associations de lutte contre le VIH et d’en parler avec son médecin qui saura le mieux apporter son expertise et ses conseils pour savoir si la PrEP est adaptée à votre sexualité. Et puis n’oublions pas que prendre la PrEP n’est pas une obligation à vie. En cas de changement de fréquence sexuelle pour différentes raisons, l’arrêter ne pose aucun problème comme switcher d’un mode continu à la demande et réciproquement. La PrEP, c’est avant tout la liberté !